Elle est accouchée, il y a quelques jours d'un enfant qui n'a vécu que deux ou trois heures!
Pauvre petit! Déjà il avait trop souffert avant de naître. Les douleurs de sa mère avaient tari en lui les sources de la vie.
Qui donc est responsable de la mort de cet orphelin, qui n'aura pas même connu le sourire de sa mère, et dont les caresses n'auront pas pu soulager les larmes de cette veuve infortunée?
Ah! Il est commode, quand on siège à Ottawa, dans un ministère auquel on se cramponne par la fourberie et la trahison, de se dire que, pour rester quelques semaines encore au pouvoir, on peut bien consentir à ce que Sir John A. Macdonald se passe le plaisir de voir se balancer la tête d'un ennemi au bot d'un gibet!
--Qu'est-ce que cela, la vie d'un homme, a dit la Minerve? Qu'est-ce que cela, quand le meurtre de cet homme est l'enjeu d'une partie électorale, dont on a longuement calculé le point fort et le point faible, et quand on se croit assuré de l'impunité?
Oui! mais cet homme n'était pas seul!
Il avait une femme dont la vie est empoisonnée; une mère dont le cerveau n'a pas résisté à la douleur!
Il avait des enfants en bas âge, que ce meurtre a rendus orphelins!
Il attendait un dernier né qui n'a pas pu survivre aux tortures de sa mère!
L'enfant est mort! L'aïeule est devenue folle! La tête du père s'est balancée au gibet!