La moitié métisse du Nord-Ouest, 597,860,000 acres, équivalait donc à un capital d'à peu près $178,358,000.00.

Voilà de combien les Métis étaient riches en valeur foncière de leur pays avant la Confédération.

La Puissance ne dira pas que j'exagère. Elle ne peut pas prétexter non plus que mon calcul est abstrait, ni que mes avancés manquent d'appui. Car les Métis avec les Sauvages jouissaient alors du Nord-Ouest, comme la Confédération en jouit, à présent qu'elle nous l'a dérobé.

Nous n'empruntions pas d'argent sur notre Territoire. Mais nous pouvions le faire. En attendant, nous vivions à même notre immense pays, dont la richesse en pelleteries était, on peut dire inépuisable, où la chasse de toutes sortes abondait; où les rivières étaient une source de bien-être par la quantité du poisson dont les eaux étaient remplies; où les fruits sauvages même contribuaient à la nourriture et à l'entretien des enfants du sol.

Et de quel prix n'était pas pour nos bestiaux et pour nos chevaux l'herbe luxuriante dans ces plaines du Manitoba et dans ces prairies de la zone fertile du Nord-Ouest, si renommées?

Que dirai-je du fameux commerce des robes? Le bison couvrait littéralement les plaines du Nord-Ouest. Cette seule ressource était incalculable.

De plus, les Métis cultivaient la terre pour en avoir ce qui leur était nécessaire. Leurs jardins et leurs récoltes étaient quelque chose d'enviable.

L'énumération des biens que ma plume effleure en ce moment, n'est pas imaginaire, comme certaines gens pourraient le croire; mais elle est basé sur des faits et des réalités que la plus grande partie de la population métisse actuelle et que des milliers d'émigrés peuvent certifier, puisque je parle d'un d'un état de choses qui existait il y a quinze ans et qui dura même plusieurs années en deçà. Qui est-ce qui refusera donc d'admettre qu'en jouissant de leur part du Nord-Ouest, ils en jouissaient avant la Confédération, les Métis vivaient aussi richement que si leurs terres évaluées, comme je fais plus haut, à 179,358,000.00 leur eussent donné tous les ans un revenu, serait-ce trop de dire de trois par cent et de compter ainsi en leur faveur la somme totale en intérêt d'environ $5,381,740.00. Je m'adresse aux hommes d'affaires, aux capitalistes; qu'il leur plaise de répondre pour moi à tous ces journaux bêtes et ignorants ou malhonnêtes de l'Ontario qui n'écrivent depuis quinze ans sur mes oeuvres et sur mes actes que pour calomnier, induire en erreur et que pour divaguer. C'est vrai que le Nord-Ouest était fermé comme en clef par la compagnie de la Baie d'Hudson et par l'Angleterre qui y soutenait cette compagnie; les marchés manquaient; les produits n'avaient pas d'écoulement; à cause de cela, il était presqu'inutile de se livrer exclusivement ou tout de bon à la culture. La compagnie de la Baie d'Hudson, en sa qualité de société commerciale, revêtue de l'autorité gouvernementale, était à même toutes les richesses du Nord-Ouest. Elle les absorbait sans cesse en privant continuellement le pays des améliorations publiques et des progrès que tant de biens les mettaient en lieu d'attendre de ses administrateurs. Sous le joug des Aventuriers de la Baie d'Hudson, il était impossible aux Métis de prendre leur essor comme population, mais leur patrie était d'une opulence naturelle telle qu'il était malaisé même à la compagnie, toute sordide qu'elle fût de les appauvrir individuellement. L'eau haute à la Rivière Rouge, les sauterelles et la picote dans tout le Nord-Ouest éprouvèrent à plusieurs reprises les Métis. Mais ces années de peine et de contre-temps faisaient exceptions. Les heureux changements que le mouvement populaire de '49 avait effectués dans le trafic, par l'abolition pratique du monopole prétendu légal de la compagnie; et la liberté que tout chacun avait de commercer depuis cette époque, augmentaient de jour en jour ces chances de bien-être.

Lorsque la Puissance arriva au Nord-Ouest en 1870 elle y trouva donc une population qui, laissée à elle-même, eut été à l'aise non seulement pour le moment, mais même pour bien des années. Elle y trouva les Métis qui, par le fait même d'être chez eux et d'avoir leur pays à eux, avaient comme tout autre peuple, leur avenir.

AVANT LA CONFÉDÉRATION