Paul remarqua avec admiration, et du premier coup d'œil, que cette machine, qui, à l'une de ses extrémités, renfermait une cuve contenant une sorte de bouillie, chassait de l'autre côté de grandes feuilles de papier qui semblaient se couper d'elles-mêmes pour tomber dans les mains des ouvriers chargés de les recueillir.
M. Rinval pria un contremaître de vouloir bien leur donner quelques explications. Celui-ci s'y prêta de bonne grâce.
«Vous savez, dit-il, que la plupart des papiers se fabriquent avec des chiffons triturés et réduits en pâte. On en fabrique aussi avec des plantes filamenteuses telles que l'alfa, qui croît abondamment en Algérie.
—Vraiment! avec des plantes! s'écria Paul.
—On fait même des papiers d'emballage avec de la paille, du bois, ou on mélange de ces matières avec des chiffons.
—Du bois! Je ne l'aurais pas cru, reprit le petit garçon.
—Le papier, continua le contremaître, se fabrique soit à la main ou à la forme, soit à la mécanique. La première méthode, qui a été longtemps la seule, ne s'emploie plus que pour quelques papiers spéciaux, tels que les papiers timbrés, les imitations de papier de Hollande, et certains papiers à dessin.
—La fabrication à la mécanique, que vous avez sous les yeux, s'opère de la façon suivante: Lorsque la pâte est préparée, on la dépose dans cette cuve que vous voyez en tête de la machine. De là, elle arrive dans un compartiment appelé vat, où tourne un agitateur qui la mêle avec de l'eau versée par un autre robinet. La pâte tombe ensuite en nappe sur une toile métallique, à laquelle un mouvement de va-et-vient très rapide est constamment imprimé. Ce mouvement étale la pâte et fait écouler l'eau qu'elle renferme. Sur chaque bord de la toile sont fixées deux courroies de cuir qui déterminent la largeur du papier.
La toile métallique entraîne la pâte, en égalisant son épaisseur, entre des jeux de cylindres revêtus de manchons de feutre. Un feutre la reçoit alors et la conduit entre de nouveaux cylindres, lesquels la pressent fortement des deux côtés et lui donnent de la consistance. La matière passe ensuite sur des cylindres chauffés à l'intérieur par un courant de vapeur; elle durcit, perd son humidité, et rencontre de nouveaux cylindres, également chauffés, destinés à lui donner un nouvel apprêt ou satinage. Le papier est alors terminé. Il va s'enrouler autour d'un grand dévidoir, et des ciseaux, manœuvrés par le moteur, le découpent au fur et à mesure en feuilles de la dimension voulue. Les feuilles, étant ainsi découpées, sont placées entre des feuilles de zinc, puis on les porte sous la presse pour en extraire tout ce qui reste d'humidité. On les fait encore sécher dans une étuve, et enfin on les prépare par mains et par rames pour les livrer au commerce.