Et le pauvre condamné ne put retenir une exclamation de joie, car son point était avantageux.
Le second joueur prit les dés à son tour.
Neuf! compta l'adjudant. Ce point intermédiaire ne préjugeait rien encore.
Le troisième officier s'avança en tremblant; il était sans force contre les funestes pressentiments qui l'agitaient. Il joua:
Cinq! dit l'adjudant en baissant tristement la voix.
À ce mot, Benito, qui était resté immobile pendant tout le temps qu'avait duré cette loterie de la mort, s'élança et se saisit des dés. Il cherchait à maîtriser un sourire. En effet, le point de cinq lui assurait presque l'existence, car il était fort au-dessous de la moyenne favorable.
Benito agita les dés, il les entendit retentir sur la dalle, arracha son bandeau et se précipita... Quatre! s'écria-t-il avec un accent qui n'avait rien d'humain...
Et cet infortuné, condamné pour la seconde fois à mort dans la même journée, retomba dans sa sombre douleur.
Ses compagnons sortirent; il les embrassa, mais sans leur adresser une parole.
Benito, resté seul avec le prêtre, tira de son sein un portrait d'enfant qu'il y tenait renfermé.