[Note 24: Dans une carte publiée à Sofia, il y a une vingtaine d'années, les limites de la Grande-Bulgarie s'étendent jusqu'à Ochrida et Salonique, et comprennent toute la Macédoine, la Vieille Serbie et même la partie du royaume serbe située à l'est de la rivière Morava.]

Les Serbes, de leur côté, réclament l'ensemble de la Macédoine, en rattachant à leur nationalité toute cette population slave que les Bulgares affirment être de leur sang.

Les Roumains et les Albanais s'élèvent contre des visées aussi audacieuses sur des régions où eux-mêmes se trouvent parfois supérieurs en nombre aux autres nationalités. Les uns et les autres forment un élément irréductible qui préférerait même le régime turc actuel à une hégémonie grecque ou slave, et ils ont pour eux leur établissement bien antérieur dans les parages qu'ils occupent.

Les Monténégrins compliquent également le problème en s'appliquant à provoquer une union slavo-balkanique, également menaçante pour les Grecs, les Roumains et les Albanais.

Les Grecs n'admettent pas qu'il y ait en Macédoine des Slaves, des Roumains et des Albanais, et réclament, comme héritiers de Byzance, presque toutes les possessions européennes de la Turquie.

Comme les Serbes, les Grecs redoutent de voir s'établir à Constantinople, par l'intermédiaire des Bulgares, un grand Etat panslaviste.

Aussi, quelques personnages grecs, relativement modérés dans leurs aspirations panhellénistes, ont-ils admis, dans l'éventualité d'une confédération balkanique, de concéder aux Serbes quelques territoires de la Macédoine du nord, tout en réservant, bien entendu, pour le royaume hellénique, le reste de la Macédoine avec Salonique, l'Épire et la Crète.

Du côté des Serbes, en 1885, M. Mijatovics, alors représentant de son pays à Londres, a exprimé l'opinion, dans une interview prise par un journaliste anglais, que l'entente de la Serbie et de la Grèce pourrait bien former la base d'une future confédération balkanique, mais à la condition de se partager équitablement la Macédoine.

Mais quel compte a-t-on tenu, dans tout cela, des Bulgares, des Albanais et des Roumains?

Une entente à deux sur ce terrain ne peut avoir aucune valeur, et de semblables projets ne sont guère plus pratiques et réalisables que ceux des panbulgares qui voudraient englober toute la Macédoine.