Il est curieux de noter que, déjà à cette époque, l'auteur reconnaît que l'Autriche seule aurait intérêt à s'opposer à ce plan de confédération, qui lui enlèverait du coup la perspective de s'agrandir vers le sud et de mettre à exécution ses desseins le long de l'Adriatique et du Danube.

La même année, un autre écrivain[28] propose aussi de substituer à la Turquie, bien que celle-ci fût à cette époque beaucoup plus puissante que de nos jours, une confédération de divers États, avec Constantinople ville libre, et souhaite que les grandes puissances, au lieu de poursuivre des conquêtes en Orient, se contentent d'y rechercher la prospérité de leurs intérêts commerciaux.

[Note 28: C. CASATI, le Réveil de la Question d'Orient, Paris, E. Dentu, 1860.]

Revenant aux temps présents, nous mentionnerons que quelques membres des fameux comités bulgares entrevoient, dit-on, une confédération, restreinte d'ailleurs aux seuls peuples de la Macédoine, où ils rêveraient d'organiser une petite «Balkanie» à l'instar de la Confédération suisse. L'agitateur Boris Sarafoff s'est fait prendre une interview dans ce sens, mais les antécédents de ce personnage peuvent le rendre suspect.

Nous rappellerons encore pour mémoire qu'en 1887 les Bulgares ont offert la couronne de leur jeune principauté au roi Charles de Roumanie, ce qui eût constitué, sous un même souverain, une union étroite grâce à laquelle, avec le temps, les deux nations eussent dominé dans la Péninsule; il s'agissait donc plutôt d'une hégémonie.

Comme campagne récemment entreprise dans le sens d'une confédération, campagne qui dépasse le cadre des nations balkaniques, puisqu'elle escomptait déjà le démembrement de la monarchie des Habsbourg,--certains journaux européens ont signalé le pacte slavo-italien, auquel travailleraient MM. Ricciotti Garibaldi et le docteur F. Pavicitch, de Croatie.

Les grandes ligues en seraient: 1° l'organisation indépendante des peuples slaves d'Autriche et des Balkans, pour faire échec aux pangermanistes; 2° l'engagement par l'Italie de ne réclamer que Trente, Trieste et l'Istrie, ainsi que la protection de ses nationaux le long des côtes dalmates; 3° la fédération des nations formées par les Croates, les Slovènes, les Bosniaques, les Herzégoviniens, les Monténégrins, les Serbes, les Bulgares, les Roumains, les Koutzo-Valaques (Roumains du sud), les Albanais et les Grecs.

Nous ne nous arrêterons pas aux ententes esquissées entre certains pays balkaniques sur la base de la race, telle la sérieuse tentative de rapprochement qui s'opère en ce moment entre la Bulgarie, la Serbie et le Monténégro. Cette Triplice ne vise pas un but désintéressé; elle paraît être dirigée contre les progrès et les armements de l'Autriche-Hongrie et encouragée secrètement par la Russie.

Elle prendrait le nom d'«Union slave» ou «Fédération slave», et la Novoié Vrémia dit que «la Macédoine tout entière pourrait en faire partie», ce qui attribuerait à celle-ci un caractère purement slave, au mépris des droits et des aspirations des autres nationalités.

De pareilles ententes séparées, si elles ne sont pas complétées par l'adhésion de tous les peuples intéressés, non seulement ne répondent pas à notre but, mais, en provoquant d'autres contre-ententes même provisoires, elles seraient plutôt propres à devenir une source de conflits qu'à être le prélude d'une Confédération orientale, laquelle doit évidemment tenir compte des intérêts non de deux ou trois nationalités, mais de toutes les nationalités sans exception.