Il reste d'ailleurs très peu de vrais Turcs en Europe[40]. Un secret instinct pousse même ceux de Constantinople à aller enterrer leurs morts à Scutari d'Asie, tellement ils s'attendent à être dépossédés un jour.

[Note 40: Nous noterons que l'Empire ottoman ne compte en somme, en Europe, pour 160,000 kilomètres carrés, qu'un peu plus de 6 millions d'habitants, parmi lesquels les Turcs sont en infime minorité. Comme point de comparaison, la Roumanie seule a une population égale, pour un territoire de 131,000 kilomètres carrés.]

Devant la volonté unanime fermement exprimée des États constitués en confédération et des chrétiens qui gémissent encore sous le joug de l'Islam, le sultan céderait sans doute et abandonnerait ses droits sur la Macédoine et l'Albanie.

Supposons donc acquis le succès dans lequel nous avons une invincible foi. Sans doute, le fonctionnement de la nouvelle Confédération serait délicat et compliqué; mais ces inconvénients possibles, appelés à diminuer et peut-être à disparaître après l'ère laborieuse du début, seraient mille fois préférables à l'état d'incertitude du présent et aux luttes fatales de l'avenir.

L'intérêt des peuples balkaniques leur ordonne de consentir à quelques sacrifices respectifs pour arriver à une entente durable, plutôt que d'entrevoir perpétuellement des menaces de guerre pour chaque portion du territoire à partager et de faire appel de chaque côté à quelques grandes puissances rivales qui mettent à leur protection le prix d'un complet asservissement économique.

La situation actuelle ne saurait aboutir, après des partages d'influence entre l'Autriche-Hongrie et la Russie, qu'à l'installation progressive, dans la Péninsule, de ces deux puissances, sans parler de l'Allemagne, qui, en cas de démembrement de la monarchie des Habsbourg, songerait à prendre la succession balkanique de son ancienne alliée[41].

[Note 41: «Une fois en possession de l'Autriche, disent les pangermanistes, nous redeviendrons les voisins des pays faiblement peuplés du Danube et des Balkans.» Die deutsche Politik der Zukunft. Deutschvolkischer Verlag «Odin», Munich, 1900.]

Avec une Confédération orientale placée hors de la sphère politique de ces trois puissances, cette mainmise future ne saurait se produire, grâce au lien puissant qui relierait ces peuples à l'Italie. Ils n'auraient rien à redouter pour leur existence et pour leur avenir.

D'ailleurs, en jetant les bases de la Confédération, les États appelés à en faire partie pourraient s'accorder mutuellement des avantages ou des rectifications de frontière.

En jetant un coup d'oeil sur la carte annexée à cet ouvrage, ou pourra se rendre compte plus clairement des modifications que nous proposons.