On appelle aussi orgue le lieu de l'Eglise où sont les orgues. Il est allé aux orgues entendre le Sermon. Ce mot vient du Latin organum. Salomon de Caux dit que le premier Auteur qui a écrit de l'orgue est Heron Alexandrin dans ses Pneumatiques. Le Pere Mersenne a fait une ample description de l'orgue aussi bien que Salomon de Caux. Le Begue a fait imprimer plusieurs piéces d'orgue, qui font voir comme on en peut mêler les jeux agréablement.

Orgues en termes de guerre est une machine composée de plusieurs gros canons de mousquet, attachez ensemble, dont on se sert pour défendre les brêches & autres lieux qu'on attaque, parce qu'on tire par leur moyen plusieurs coups tout à la fois.

Orgues est aussi une espece de herse, avec laquelle on ferme les portes des Villes attaquées: ce sont plusieurs grosses piéces de bois qu'on laisse tomber d'en haut, & qui ne sont point attachées l'une à l'autre par aucune traverse, comme sont les herses ordinaires, ou Sarrasines.

Orgues en termes de Marine sont des trous & ouvertures qui passent au travers du bordage d'un Vaisseau le long des tillacs ou des sabords qui servent de goutiéres pour l'écoulement des eaux: on les appelle autrement dalots.

ORIFLAME. s. f. les Anciens le faisoient masculin. Etendart de l'Abbaye de Saint Denys. Quelques-uns ont dit qu'elle étoit semée de flammes d'or, d'où elle avoit pris son nom. Elle differoit de la Banniére de France qui étoit d'un velours violet ou bleu celeste à deux endroits semez de fleurs de lys d'or plus plein que vuide. Elle étoit aussi differente en la forme, parce que celle de France étoit toute quarrée sans aucunes découpures par le bas, non plus que les autres banniéres, au lieu que l'Oriflame étoit attachée au bout d'une lance en guise de gonfanon, qui d'abord étoit pendu sur le tombeau de Saint Denys, & ne servoit que pour l'Abbaye. Il étoit mis entre les mains de son Avoüé qui étoit le Comte de Vexin, pour défendre les biens de l'Eglise & du Monastére, c'étoit une espece de labarum ou de gonfanon, ou de banniére comme en avoient toutes les autres Eglises, qui étoit fait de rouge & de soye de couleur de feu qu'on nommoit cendal ou samit vermeil, qui avoit trois queuës, ou fanons, & étoit entouré de houppes de soye verde, &c.


P.

PEAGE. s. m. Il s'est dit autrefois en général de toutes sortes d'impôts, qui se payoient sur les marchandises, qu'on transportoit d'un lieu à un autre: maintenant il se dit d'un Droit qu'on prend sur les voitures des marchandises pour l'entretien des grands chemins. La plûpart des Seigneurs s'attribuent des droits de péage sur leurs terres, sous prétexte d'entretenir les chemins, les ponts & chaussées. Anciennement ceux qui tenoient ce droit, devoient rendre les chemins seurs, & répondre des vols faits aux passans. Cela s'observe encore en quelques endroits d'Angleterre & d'Italie, où il y a des gardes qu'on appelle stationnaires, établis pour la seureté des Marchands, & entre autres à Terracine sur le chemin de Rome à Naples. Anciennement si un homme étoit détroussé en chemin public & entre deux soleils, le Seigneur Haut-Justicier qui levoit le péage, étoit obligé de le rembourser. Il y a une Ordonnance de mille cinq cens septante portant abolition de tous péages établis depuis cent ans sur la riviére de Loire. La plûpart des péages sont de pures usurpations. L'Ordonnance de 1552. enjoint aux Seigneurs qui ont droit de péage, d'entretenir les ponts & passages. Le péage est appellé de divers noms dans les Coûtumes & les Ordonnances. On le nomme Barrage aux entrées des Bourgs & des Villes, Pontenage aux passages des ponts, Billete ou Brunchiere aux passages de campagne, où on a mis pour signal un petit billot de bois attaché à une branche, on l'appelle quelquefois coûtume ou droit établi sans titre, quelquefois prevôté ou menu droit casuel, & quelquefois travers, qui est un droit qui ne se paye que sur la frontiére. Ce mot vient de paagium, abregé de passagium selon Vossius cité par Ménage: d'autres disent de pedagium qu'on trouve aussi chez les Auteurs Latins. Borel le dérive de pagus ou pais.

PEAGER. s. m. Fermier du péage, qui exige & fait payer ce droit. Les Péagers doivent mettre des billetes, des tableaux & pancartes en lieu éminent, pour faire connoître les droits qui sont dûs.

PEAUTRE s. m. le gouvernail d'un vaisseau. On dit proverbialement à des importuns qu'on veut chasser loin de soy: Allez au peautre: Je l'ay bien envoyé au peautre, je l'ay bien envoyé promener.