Feu. Se dit aussi de certains poils roux qui viennent autour des yeux des petits Chiens, qui les font beaucoup estimer par ceux qui en sont curieux.

Feu. Se dit figurément en choses spirituelles & morales de la vivacité de l'esprit, de l'ardeur des passions. Cet Avocat a bien du feu, c'est un esprit tout de feu. Ce Poëte n'a point de genie, il n'eut jamais de feu. Le feu brille par tout dans ses écrits. Il a l'ame échauffée d'un beau feu, d'un noble feu.

On dit d'un homme en colere qu'il a les yeux tout en feu, que le feu lui a monté au visage, qu'il jette feu & flammes, qu'il lui faut laisser jetter son feu. On dit aussi d'un homme amoureux qu'il brûle d'un beau feu, qu'il nourrit un feu discret, un feu caché sous la cendre, un feu qui le devore. La bonne morale veut qu'on éteigne le feu de la concupiscence. On dit aussi brûler d'un feu divin, d'un feu celeste, d'un amour divin. On dit en ce sens qu'il faut laisser passer le feu de la jeunesse, ses emportemens. Le feu se dit aussi du courage. On a du mal à soûtenir le premier feu, la premiére impetuosité des François.

Feu. Se dit aussi des troubles, des séditions. Pendant les Guerres des Huguenots tout le Royaume étoit en feu. Des Prédicateurs séditieux mettoient le feu par tout, le Roi a éteint enfin le feu de la sédition. Quand on use en ces occasions de remédes violens, on dit qu'il y faut appliquer le fer & le feu.

On dit au lansquenet que le premier Roi qui viendra fera feu, pour dire qu'il fera gagner ou perdre quelque coup notable.

Feu. Se dit proverbialement en ces phrases. Un feu à rôtir un bœuf, c'est un grand feu de reculée. On dit aussi il n'est feu que de gros bois. On dit des débauchez qu'ils font grande chere & bon feu. On dit aussi qu'un homme a mis le feu à la cheminée, pour dire qu'il a mangé des viandes trop salées & trop épicées, & qu'il s'est mis le gosier, le palais en feu. On dit aussi c'est un feu de paille, d'une émotion qui ne dure pas long-temps, d'une entreprise qu'on n'achevera point. On dit aussi faire du feu violet pour dire faire quelque chose avec vigueur, ou éclat, à cause que le feu de bois vert qui est le plus violent tire sur le violet. On dit encore le bois tortu fait le feu droit. On dit d'un homme qui s'enfuit fort vîte, qu'il court comme s'il avoit le feu au cul. On dit de deux personnes ennemies qui ne se sçauroient souffrir, que c'est le feu & l'eau. On dit aussi dites-lui cela & vous allez chauffer au coin de son feu, pour dire allez lui reprocher cela en face. On dit d'une maison qu'on trouve en desordre, qu'il n'y a ni pot au feu, ni écuelles lavées. On dit d'un homme fort pauvre qu'il n'a ni feu ni lieu, quand il n'a aucune retraite, aucune demeure assurée. On dit de celui qui n'a point voyagé, ni n'a point vû le grand monde, qu'il n'a jamais bougé du coin de son feu. On dit faire mourir quelqu'un à petit feu, pour dire le faire languir dans une longue attente d'une chose dont il a besoin. On dit que le feu ne va point sans fumée, pour dire qu'il paroît toujours quelque signe au dehors d'une violente passion qu'on a dans l'ame, & qu'il y a toûjours quelque chose de vrai de ce qu'on dit publiquement. On dit encore mettre les fers au feu, en parlant d'une affaire, pour dire commencer à la remuer, ou s'y appliquer vigoureusement. On dit aussi, que le feu est à une marchandise, pour dire, qu'il y a presse à l'acheter qu'on y court comme au feu. On dit mettre le feu aux étouppes, mettre le feu aux poudres, jetter de l'huile sur le feu, mettre le feu sous le ventre à quelqu'un: pour dire l'exciter, l'encourager à faire quelque action, à laquelle il étoit déja porté d'ailleurs, animer sa colére, sa passion. On dit, qu'un homme se mettroit au feu pour son ami, pour dire qu'il est prêt de le servir dans les choses les plus difficiles; & qu'il mettroit sa main au feu, son doigt au feu, quand il propose quelque chose dont il est trés-assuré: ce proverbe se dit par allusion à une coûtume qu'on avoit autrefois, de se purger d'une accusation par l'attouchement du fer chaud. Cunegonde femme de l'Empereur Henri de Baviére se purgea du soupçon que son mari avoit contre elle, en marchant les pieds nuds sur 12 socs de charruë ardens.

Feu. Feuë. Subst. terme indéclinable dont on se sert en parlant des défunts, dont la mémoire est encore assez récente. Le feu Roi se dit du Roi dernier mort; la feuë Reine. Feu mon pere, mon oncle. Les Notaires de quelques Provinces disent encore au plurier furent en parlant de deux personnes conjointes & décedées, ce qui marque que ce mot vient de fuit & de fuerunt, néanmoins, Ménage prétend avec quelque apparence qu'il vient de functus, au lieu de fato functus.

S'il se trouve quelque conformité en cet endroit avec le Dictionnaire de l'Academie, le Lecteur n'en doit pas être surpris, puisque c'est le même Auteur qui en a fait le canevas, dont la minute qui est écrite de sa main peut faire foi. Ce mot qui apparemment se fera distinguer des autres, doit suffire pour faire cesser le reproche qui lui est fait de n'avoir pas voulu communiquer ses lumiéres à la compagnie, puis qu'il n'en a pas été chiche toutes les fois qu'on les a voulu recevoir.

Fief s. m. Terre, Seigneurie, ou droits qu'un Seigneur dominant donne à un vassal à la charge de foi & hommage avec quelques redevances. Les fiefs n'étoient point connus dans le droit Romain, mais ils sont établis dans toutes les Coûtumes de France, & plusieurs tiennent qu'ils sont venus des Lombards. Pasquier soûtient le contraire & prouve par un passage d'Aimoin qu'ils étoient en usage en France dés le temps de Clovis. On possede en fief non seulement des heritages, mais des droits incorporels, comme dîmes, champarts & autres redevances & même des Offices & dignitez. Ce mot est dérivé selon quelques-uns de fœdus comme venant d'un traité & d'une Alliance faite avec le Seigneur; les autres de fides, à cause de la foi qu'on est obligé de porter & de garder à celui dont on releve; Bodin tient que le mot fedum latin vient par la contraction de ces lettres initiales, fidelis ero domino vero meo, qui est une ancienne formule de la foi & hommage; Nicod tient qu'il vient de felo Allemand signifiant la même chose; d'autres de foden qui signifie nourrir, ou du saxon feod qui signifie stipendium, le fief étant une espéce de prébende pour vivre; on a commencé de se servir de ce mot sous Charles le Gros. Fief dominant est celui à qui on doit foi & hommage; fief servant, celui qui releve d'un autre fief, ou qui n'a sous soi que des rotures.

Un fief en nuesse ou de Hautbert, est celui qui reléve de la Couronne nuëment & immédiatement, ce qu'on appelle aussi de nud à nud, qui tient du Roi sa Seigneurie en plein fief, ce qu'on appelle aussi fief chevel. Fief noble, est celui qui est tenu en plein hommage, ou en pairie, ou en plein lige, où il y a Justice, Maison ou Château notable, motte, fossez ou autres signes de noblesse & d'ancienneté, on appelle les autres fiefs ruraux & non nobles qu'on appelle quelquefois fiefs restraints ou abregez. On a appelé aussi fiefs roturiers, des mairies, & fiefs boursiers ou boursaux, des fiefs acquis de bourse roturiére qu'on appelle en plusieurs lieux coûtumiére; les portions de fief qui appartiennent aux aînez s'appellent aussi Bourseaux en la Coûtume du grand perche. Franc fief, cette épithete est donnée aux fiefs, parce qu'ils ne doivent être tenus que par des personnes franches & nobles de race ou annoblies, qui sont franches libres & exemptes de tailles, aides & subsides, & on appelle francs fiefs & nouveaux acquets, la taxe qu'on fait tous les 30 ou 40 ans sur les roturiers, les Eglises, les Communautez & gens de main morte pour les fiefs qu'ils tiennent, ou qu'ils ont acquis de nouveau, qui ne sont point amortis, afin qu'ils ne soient point obligez d'en vuider leurs mains; cette taxe se fait sur le pied du revenu de six années à l'égard des fiefs qui sont tenus du Roi nuëment, & de trois ans à l'égard de ceux qui n'en relevent qu'en arriére fief. Pied de fief est un fief dépecé & démembré dont il est fait souvent mention en la Coûtume de Tours.