Il y a des manœuvres dormantes qui sont fixes, ausquelles on touche rarement, & d'autre coulantes qui sont presque en mouvement continuel, comme celles qui servent à manier les voiles.

Manœuvre, signifie aussi l'usage & le service de ce cordage, & le service des Matelots qui les font mouvoir. Les manœuvres sont en desordre pendant la tempête. Ce matelot entend bien la manœuvre, il execute soudain les commandemens.

MANNE. s. f. Terme de pharmacie, drogue médicinale, c'est un suc ou une liqueur blanche, douce, qui découle d'elle-même, par incision des branches & des feüilles même des frênes tant ordinaires que sauvages pendant la canicule, & un peu auparavant. On ne la trouve que sur ces arbres, encore n'est-ce pas sur tous, mais principalement en Calabre & aux environs de Briançon; c'est pourquoi ceux là se trompent lourdement, qui disent que c'est un miel de l'air, ou une espéce de rosée, qui vient d'une vapeur élevée de la terre & digerée dans l'air, condensée par le froid qu'on recuëille dans les païs chauds avant le lever du Soleil, tant sur les plantes & les arbres que sur les rochers & la terre même, qui disparoît lorsque la chaleur survient; car au contraire on l'amasse en plein Soleil, lequel la seche & la condense, de sorte qu'on la doit mettre au rang des gommes qui s'épaississent par la chaleur, & se résolvent dans l'humidité.

Les Italiens en connoissent de trois sortes, manna di corpo, qui sort d'elle-même des branches de l'arbre dés le mois de Juillet; la seconde manna forzata, ou forzatella, qui ne se recueille au mois d'Août qu'aprés l'incision de l'arbre, & lorsque la premiére a cessé de couler. La troisiéme manna di fronda, qui sort d'elle-même en forme de petites gouttes d'eau comme un espéce de sueur, de la partie nerveuse des feüilles du frêne, qui sont de la grosseur des grains de froment, & qui s'endurcissent au Soleil au mois d'Août; on voit quelquefois ces feüilles si chargées de ces grains qu'il semble qu'elles soient couvertes de neige. La manne est une medecine qui purge fort doucement, & qu'on prend dans les boüillons. Altomatus Medecin de Naples en a fait un traité exprés; & Joseph Donzellus confirme ce qu'il en a dit. La manne purge la bile, quoi qu'on la tienne une espéce de miel, & au contraire le miel ordinaire l'augmente. Fuchsius dit que les païsans du Mont-Liban mangent ordinairement la manne, comme ailleurs on fait le miel.

A Mexique ils ont de la manne que l'on mange comme on fait le fromage en Europe.

Manne en termes de l'Ecriture, est une viande miraculeuse que Dieu fit tomber du Ciel pour nourrir son peuple Hebreu dans le desert pendant quarante ans. La manne étoit en façon de coriandre. Les Israëlites murmurerent contre la manne, & en eurent du dégoût. La manne est une des figures de l'Eucharistie.

Manne, se dit figurément de toutes sortes de viandes & de fruits, principalement quand ils sont de garde, quand ils peuvent nourrir, & faire subsister une maison. C'est une bonne manne dans un logis qu'une provision de pois, de féves, de ris pour le Carême.

Manne est aussi un grand panier d'osier fait en quarré long, qui sert quelquefois de berceau pour coucher un enfant à la mammelle, quelquefois elle est plus petite, & elle sert à transporter les habits d'un ballet, ou le linge & la vaisselle pour mettre le couvert, &c.

On appelle aussi mannes sur la mer des paniers à rebords faits comme un chapeau.

Mannequin. s. m. Panier d'osier haut & assez étroit, plus large par en haut que par en bas, qui sert à differens usages. On a mis ces plantes dans un mannequin pour les transporter. Les marchands de fruits les transportent dans des mannequins: ce mot est diminutif de manne quand il signifie panier.