[2] «J'avois déjà commencé à lui riposter par un dialogue de M. Le Maistre et de M. Despréaux... etc... Nous avions pourtant été autrefois amis, etc.» (Carpenteriana, 1o 488.) Quelques pages plus haut (474), Charpentier parle ainsi de Furetière: «Il me siéroit bien, par exemple, de dire que Furetière n'avoit pas d'esprit, et cela parcequ'il m'a outragé dans plusieurs endroits de ses écrits. Non, bien loin de vouloir donner une pareille idée de Furetière, j'avouerai toujours qu'il est un des meilleurs satyriques que nous ayons, et qu'il ne le cède en rien de ce côté à M. Despréaux.»

Furetière, dans son Dernier placet[3], relève, sans y répondre, toutes ces turpitudes: il se plaint d'un gros volume, joint au dossier, qui a long-temps couru la ville, et dans lequel il est traité, dit-il, de bélitre, maraut, fripon, fourbe, buscon, saltimbanque, infâme, traître, fils de laquais, impie, sacrilége, voleur, subornateur de témoins, faux monnoyeur, banqueroutier frauduleux, faussaire, d'homme sans honneur, plein de turpitudes et de comble d'horreurs, etc.[4] Après cela le grief d'infidélité littéraire n'est plus qu'une légèreté.

[3] Dernier placet et très humbles remontrances à monseigneur le chancelier.

[4] Voy. Dernier placet.

Ces aménités étoient alors d'usage entre savants, et, en rapprochant même les Factums de Furetière des libelles publiés par Saumaise et par Scaliger contre leurs antagonistes, ou ne peut s'empêcher de trouver sa modération égale à la verve de son esprit. Les attaques qu'il dirige contre ses adversaires sont, il est vrai, plus mordantes, mais aussi moins scandaleuses, et à part le seul La Fontaine, qu'il accuse de tirer profit des galanteries de sa femme, il est rare qu'il les poursuive dans le secret de la vie privée. «Je n'ay fait, dit-il, aucun reproche à mes parties qui regardât les mœurs; je ne les accuse pas d'être faussaires, adultères, ny malhonnêtes gens...[5]», quoique (ajoute-t-il) ce ne soit pas faute de matière, ny de preuves.

[5] Dernier placet.

Au surplus, l'incertitude et l'obscurité où sont tombées les imputations des deux parties ne laisse pas de tourner à l'avantage de notre auteur, car, s'il est impossible de prouver aujourd'hui que Furetière ait réellement prostitué sa sœur et acquis par simonie ses bénéfices, il n'est pas besoin de preuves pour reconnoître que Lorau, Charpentier, Leclerc, Barbier d'Aucourt, Regnier Desmarais et consorts, étoient les uns des ignorants, les autres de détestables écrivains.

Les témoignages contemporains, qui seuls pourroient nous éclairer sur la véracité des ennemis de Furetière, ne confirment en rien leurs imputations.

Bussy, dans la lettre imprimée à la suite des Factums, et souvent citée depuis, plaint Furetière d'avoir été poussé à de telles extrémités et de n'avoir pu produire sa défense en justice; il ne fait de réserves qu'en faveur de Benserade, son ami, et de La Fontaine, que Furetière confond dans ses invectives avec leurs collègues de la commission du Dictionnaire.

Dans sa conduite à l'égard de La Fontaine est le secret de l'humeur de Furetière et des haines qu'il souleva.