Jusques à ce moment, j’ai pensé qu’il ne convenait point que je fisse de démarches directes près de S. M. Maintenant, je réclame de l’attachement que vous m’avez toujours témoigné de me guider à cet égard.
Voici un exposé de ma conduite depuis le mois de mars dernier. Je vous demande instamment d’engager le Roi à y jeter les yeux: il y verra que mon expédition du Midi m’a donné l’apparence de torts qui, dans leur réalité, sont moins graves qu’on ne l’imagine. Il y verra aussi comme je me suis conduit, dans ces dernières circonstances.
Si on doit licencier l’armée, je ne saurais croire que S. M. laisse sans traitement celui qui, entré au service en 1779, est arrivé au premier grade militaire, sans avoir acquis d’autre fortune que son état.
Si on conserve l’armée, je vous demande de me faire confirmer dans mon grade par S. M. Les sentiments que j’ai partagés avec le reste ou, du moins, la majorité de l’armée, ne sauraient, ce me semble, me dépouiller des titres que j’ai acquis par tant de campagnes et de blessures.
Comme je présume qu’on ne m’emploiera pas, dans ces premiers moments, je me retirerai à la campagne, pendant quelques mois. Quoi qu’il en soit, mon cher Maréchal, comme j’ai bien à cœur de causer avec vous, sur ma position, et cela, en particulier, faites-moi dire par mon aide de camp si vous pouvez me recevoir, un de ces soirs, et si vous trouvez bon que j’aille chez vous, en frac.
Agréez, mon cher Maréchal, le renouvellement de mes affectueux sentiments.
Le Maréchal Comte de Grouchy,
rue Ville-Lévêque, no 26.
Le 10 juillet 1815.
II.—EXPOSÉ DE LA CONDUITE QUE J’AI TENUE DEPUIS LE MOIS DE MARS DERNIER
J’étais à soixante lieues de Paris lors du débarquement de Napoléon: aussitôt que j’en fus informé, je me rendis en poste dans la capitale, et j’allai prendre les ordres de M. le duc de Berri qui commandait l’armée. Il me reprocha publiquement, dans les termes les plus durs, d’avoir tardé à venir, et m’annonça qu’il n’avait point de fonctions à me donner.