L'Acide oxalique se prépare principalement en Suisse & en Allemagne; il se tire du suc de l'oseille qu'on exprime, & dans lequel ses cristaux se forment par un long repos. Dans cet état il est en partie saturé par de l'alkali fixe végétal ou potasse; en sorte que c'est, à proprement parler, un sel neutre avec un grand excès d'acide. Quand on veut obtenir l'acide pur, il faut le former artificiellement, & on y parvient en oxygénant le sucre, qui paroît être le véritable radical oxalique. On verse en conséquence sur une partie de sucre six à huit parties d'acide nitrique, & on fait chauffer à une chaleur douce; il se produit une vive effervescence, & il se dégage une grande abondance de gaz nitreux; après quoi en laissant reposer la liqueur, il s'y forme des cristaux qui sont de l'acide oxalique très-pur. On les sèche sur un papier gris pour en séparer les dernières portions d'acide nitrique dont il pourroit être imbibé; & pour être encore plus sûr de la pureté de l'acide, on le dissout dans de l'eau distillée & on le fait cristalliser une seconde fois.

L'acide oxalique n'est pas le seul qu'on puisse obtenir du sucre en l'oxygénant. La même liqueur qui a donné des cristaux d'acide oxalique, par refroidissement contient en outre l'acide malique, qui est un peu plus oxigéné. Enfin, en oxygénant encore davantage le sucre, on le convertit en acide acéteux ou vinaigre.

L'acide oxalique uni à une petite quantité de soude ou de potasse, a, comme l'acide tartareux, la propriété d'entrer tout entier dans un grand nombre de combinaisons, sans se décomposer: il en résulte des sels à deux bases, qu'il a bien fallu nommer. Nous avons appelé le sel d'oseille oxalate acidule de potasse.

Il y a plus d'un siècle que l'acide oxalique est connu des Chimistes. M. Duclos en a fait mention dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1688. Il a été décrit avec assez de soin par Boerhaave: mais M. Schéele est le premier qui ait reconnu qu'il contenoit de la potasse toute formée, & qui ait démontré son identité avec l'acide qu'on forme par l'oxygénation du sucre.

Tableau des combinaisons du Radical acéteux oxygéné, par un premier degré d'oxigénation avec les bases salifiables, suivant l'ordre de leur affinité avec cet acide.

Nomenclature nouvelle.
Noms des bases salifiables.Noms des sels neutres.
Combinaisons de l'acide acéteux avec:La baryte.Acétite de baryte.
La potasse.Acétite de potasse.
La soude.Acétite de soude.
La chaux.Acétite de chaux.
La magnésie.Acétite de magnésie.
L'ammoniaque.Acétite d'ammoniaque.
L'oxide de zinc.Acétite de zinc.
L'oxide de manganèse.Acétite de manganèse.
L'oxide de fer.Acétite de fer.
L'oxide de plomb.Acétite de plomb.
L'oxide d'étain.Acétite d'étain.
L'oxide de cobalt.Acétite de cobalt.
L'oxide de cuivre.Acétite de cuivre.
L'oxide de nickel.Acétite de nickel.
L'oxide d'arsenic.Acétite d'arsenic.
L'oxide de bismuth.Acétite de bismuth.
L'oxide de mercure.Acétite de mercure.
L'oxide d'antimoine.Acétite d'antimoine.
L'oxide d'argent.Acétite d'argent.
L'oxide d'or.Acétite d'or.
L'oxide de platine.Acétite de platine.
L'alumine.Acétite d'alumine.
Nomenclature ancienne.
Noms des bases.Noms des sels neutres.
Combinaisons de l'acide du vinaigre avec:La terre pesante.Inconnue des anciens. La découverte en est due à M. de Morveau qui l'a nommée acète barotique.
L'alkali fixe végétal.Terre foliée de tartre très-secrète de Muller, arcane de tartre de Basile Valentin, & de Paracelse, Magistère purgatif de tartre de Schroëder, sel essentiel de vin de Zwelfer, tartre régénéré de Tachénius, sel diurétique de Sylvius, de Wilson.
L'alkali fixe minéral.Terre foliée à base d'alkali minéral, terre foliée minérale, terre foliée cristallisable, sel acéteux minéral.
La terre calcaire.Sel de craie, sel de corail, sel d'yeux d'écrevisses; Hartman en a fait mention.
La base du sel d'epsom.Inconnue des anciens; M. Wenzel est le premier qui en ait parlé.
L'alkali volatil. Esprit de Mendérérus ou de Menderet, sel acéteux ammoniacal.
La chaux de zinc.Cette combinaison a été connue de Glauber, Schwedemberg, Respour, Pott, de M. de Lassone, & de M. Wenzel, mais ils ne l'ont pas désignée par un nom particulier.
La chaux de manganèse.Inconnue des anciens.
La chaux de fer.Vinaigre martial. Cette combinaison a été décrite par Scheffer, par MM. Monnet, Wenzel & le Duc d'Ayen.
La chaux de plomb.Sucre de Saturne, vinaigre de Saturne, sel de Saturne.
La chaux d'étain.Cette combinaison a été connue de MM. Lémery, Margraff, Monnet, Weslendorf & Wenzel, mais ils ne lui ont pas donné de nom.
La chaux de cobalt.Encre de simpathie de M. Cadet.
La chaux de cuivre.Verd de gris, cristaux de verdet, cristaux de Vénus, verdet, verdet distillé.
La chaux de nickel.Inconnue des anciens.
La chaux d'arsenic.Liqueur fumante, arsenico-acéteuse, ou phosphore liquide de M. Cadet.
La chaux de bismuth.Sucre de bismuth de M. Geoffroi. Cette combinaison a été connue de MM. Gellert, Pott, Weslendorf, Bergman & de Morveau.
La chaux de mercure.Terre foliée mercurielle. M. Gebaver a fait mention en 1748, de cette combinaison; elle a été décrite par MM. Hellot, Margraff, Baumé, Navier, Monnet, Wenzel: c'est le fameux reméde anti-vénérien de Keyser.
La chaux d'antimoine.
La chaux d'argent.Inconnue des anciens, décrite par MM. Margraff, Monnet & Wenzel.
La chaux d'or.Cette combinaison est peu connue, Schroëder & Juncker en ont fait mention.
La chaux de platine.Cette combinaison est inconnue.
L'alumine.Le vinaigre ne dissout, comme s'en est assuré M. Wenzel, que très-peu d'alumine.

* Les anciens Chimistes n'ont guère connu de ces sels que l'acétite de potasse, celui de soude, celui d'ammoniaque, celui de cuivre & celui de plomb; la découverte de l'acétite d'arsenic est due à M. Cadet, (voyez tome III des Savans Etrangers.) On doit principalement à M. Wenzel, aux Académiciens de Dijon, à M. de Lassonne & à M. Proust, la connoissance que nous avons des propriétés des autres acétites. Il seroit possible que le radical acéteux, outre l'hydrogène & le carbone, contînt encore un peu d'azote. Il y a lieu de le soupçonner d'après la propriété qu'a l'acétite de potasse de donner de l'ammoniaque par la distillation, à moins cependant que l'azote qui concoure à la formation de cette ammoniaque, ne soit dû à la décomposition de la potasse elle-même.

OBSERVATIONS

Sur le Radical acéteux oxygéné par un premier degré d'oxygénation, ou Acide acéteux, & sur ses combinaisons avec les bases salifiables.