Quand un homme coupe un arbre pour le creuser et s’en faire une pirogue, si l’eau sort du tronc cet homme se met à pleurer. Cela veut dire que la guerre va commencer : la pirogue ne sera jamais finie, le pays sera vaincu, le travail abandonné.
Au moment du Tuituiporo, quand la pirogue est achevée, le prêtre regarde le feu. S’il est rouge d’un côté et pâle d’un autre, c’est un mauvais signe. La poix ne fondra pas. Le toit sera brûlé. La pirogue ne sera jamais lancée : la guerre va s’ouvrir…
A en croire les Tahitiens, la venue des Européens avait été depuis longtemps présagée ; on avait prédit que l’on verrait arriver des pirogues sans balanciers, des navires avec quatre branches, les mâts. Le prophète ne fut pas cru sur parole. Il jeta à la mer un umete (sorte de récipient sphérique en bois) qui surnagea, et s’écria : « Voyez, il ne chavire pas ! » Les Tahitiens répondirent : « Cela est peut-être vrai ! »
Quelques mots sur la maladie, la mort et l’embaumement.
Le prêtre qui guérissait une personne avait le privilège de présider aux cérémonies en l’honneur des dieux et du convalescent. Il ordonnait à la famille de préparer des étoffes rouges et, quand tout était prêt, il attendait la nouvelle lune. Toute la famille était réunie dans la maison du malade. On apportait des fleurs, de l’huile parfumée et des morceaux d’étoffe. Chacun en prenait un peu. Alors le prêtre racontait la maladie et la guérison. A son discours succédaient les discours des personnes présentes qui toutes faisaient des vœux pour que le convalescent jouît désormais de la santé. La bande d’étoffe destinée à chaque dieu était portée devant le marae de ce dieu.
Un prêtre présidait aux obsèques. Si le mort l’avait demandé, ses os étaient brûlés. On lui faisait les Tia matapo poo, une profusion de présents où les étoffes dominaient. Des morceaux étaient consacrés aux dieux ; le reste était pour la famille du mort. On en agissait ainsi par crainte de l’esprit de celui qui n’était plus. Sans cela, cet esprit serait venu tourmenter et détruire les membres de la famille. Pour célébrer la cérémonie funèbre on attendait aussi l’apparition de la nouvelle lune.
L’embaumeur retirait les viscères et les intestins du corps qu’il bourrait de linge imprégné de suc de datura et d’huile odoriférante. Le cadavre était ensuite écorché ; puis, quand il était sec, on le mettait debout comme un homme vivant, on le portait dans la maison des morts et on lui présentait des aliments.
Passons à quelque chose de plus gai.
Le Tahitien cultive le calembour et s’adonne à la charade :
Quel est le bois dont toutes les parties, le tronc et les branches sont durs ? C’est l’ati, le tamanu ; c’est encore l’enfant né loin de la maison et accoutumé au malheur !
Quel est l’arbre dont les racines sont intactes et en bon état ainsi que les branches, mais dont les feuilles tombent au premier souffle du vent, l’arbre qui crie toujours : « E aé ! E aé ! » C’est le petit enfant qui vient au monde.
Prenez garde à l’insouciance ! Ne faites pas comme Hitiu terai, le fameux guerrier de Moorea. Il vivait dans sa maison sans penser à rien. Et son marae a été détruit, ses arbres ont été pris pour en faire des lances. Il n’avait fait ni un casse-tête ni un harpon et il a été tué trompé par son insouciance.