[550] Nous savons que, sous Tibère, la perception de l’impôt foncier cessa d’être confiée aux publicains.

« Néron, indigné des vexations des publicains », dit Montesquieu[551], « forma le projet impossible et magnanime d’abolir tous les impôts. Il n’imagina point la régie. Il fit quatre ordonnances… » Ces ordonnances, dont Montesquieu a inexactement interprété le sens, étaient des règlements sur le mode d’exercice des pouvoirs des publicains, comme il en fut rendu d’autres plus tard, dont la législation de Justinien porte la trace ; mais ce ne sont plus que des détails sans intérêt, et qui ne rentrent plus, par leur nature, dans le cadre de l’étude actuelle.

[551] Esprit des Lois, liv. XIII, chap. XIX. Humbert, loc. cit., p. 205.

Pline déclare que, de son temps, c’est-à-dire sous Trajan, les sociétés vectigaliennes n’étaient plus qu’un rendez-vous de vils esclaves affranchis de la veille. Le mot est exagéré sans doute, puisque les publicains sont toujours restés adjudicataires de quelques entreprises importantes, mais il indique que le mouvement de centralisation avait accompli son œuvre. Les publicains sont asservis comme tout le reste de l’ancien État. Il n’en est plus question dans l’histoire politique de Rome, et c’est à peine si quelques textes législatifs viennent déterminer brièvement leurs attributions pour certains cas spéciaux, et organiser à leur égard des mesures de rigueur.

Section II.
Aperçu historique sur les banquiers et les lieux de réunion des spéculateurs, au Forum et dans les basiliques.

On se rappelle, pour ainsi dire tout naturellement, la description du Forum par Plaute[552], telle que nous l’avons donnée plus haut, en lisant les lignes suivantes de M. Bozérian, consacrées à dépeindre le mouvement de la Bourse de Paris : « Il est une heure moins un quart, de toutes les rues et de tous les carrefours du voisinage débouche une masse compacte d’individus de tout âge, de tout rang, de toute mine. Partis de points opposés, ils se dirigent vers un centre commun. Suivons la foule et, chemin faisant, tâchons de saisir, au milieu des groupes qui nous entourent et nous pressent, les phrases et les mots échappés aux plus expansifs[553]. » Peut-être en trouverions-nous là, parmi de fort honnêtes gens du reste, quelques-uns auxquels on pourrait appliquer les vers du vieux poète Lucilius que nous avons aussi rapportés[554], « du matin au soir courent au Forum des hommes préoccupés d’un seul souci : feindre l’honnêteté et se tromper les uns les autres. »

[552] Voy. supra, chap. II, sect. III, [p. 183].

[553] Jeannotte-Bozérian, La Bourse, ses opérateurs et ses opérations Paris, 1859, p. 17.

[554] Supra, eod.

Où vont-ils ? A Rome, ils se dirigeaient, à l’origine surtout, vers les tabernæ des argentariæ ; c’est aussi ce qu’ils avaient fait en France. Sous la régence, ils furent d’abord dans la rue Quincampoix, et puis sur la place Vendôme ; « on chercha, cependant, à les loger quelque part, et comme on se plaignait du bruit qu’ils faisaient, au duc d’Orléans lui-même : Mais où voulez-vous que je mette ces gens-là, demanda celui-ci. — Monseigneur, répondit le prince de Carignan, qui se trouvait présent, je leur offre mon hôtel de Soissons. L’offre fut acceptée. Le prince de Carignan, qui avait flairé une bonne spéculation, fit construire, immédiatement, dans le jardin de cet hôtel, un grand nombre de petites baraques. Il les loua 500 livres par mois, ce qui lui assura tout d’un coup un revenu d’un demi-million. Après un mois de séjour à la place Vendôme, les agioteurs prirent possession de leur nouveau local où ils purent crier à leur aise[555]. »