Vitruve, dans la continuation du texte cité plus haut, donne des indications précises sur le mode de construction des basiliques ; il en résulte que c’étaient des monuments très analogues à la bourse de Paris, et à bien d’autres, et aussi à certaines églises de Rome, où le nom de basilique s’est conservé, nous l’avons remarqué, malgré le changement complet de la destination.
Il paraît, cependant, que dans la galerie à colonnes du premier étage, supportée par la colonnade du rez-de-chaussée, à l’intérieur, on élevait assez ce qui est pour nous l’accoudoir, pour que ceux qui se promenaient dans ces galeries ne fussent pas vus de ceux qui s’occupaient de leurs affaires dans le bas. Ici encore, Vitruve ne parle que de gens qui s’occupent d’affaires[580].
[580] Voici la suite du texte de Vitruve : « Leur largeur doit être, au moins, du tiers de leur longueur, de la moitié au plus, à moins que le terrain ou un obstacle ne permette pas d’observer cette proportion. Si l’espace était beaucoup plus long, on ferait, aux deux extrémités, des chalcidiques semblables à ceux de la basilique Julia Aquiliana. Les colonnes des basiliques auront une hauteur égale à la largeur des portiques, et cette largeur correspondra à la troisième partie de l’espace du milieu. Les colonnes du haut doivent être, comme je l’ai dit, plus petites (d’un quart) que celles du bas. La cloison (pluteum), que l’on fera entre les colonnes du premier étage (ou, selon d’autres textes, entre les colonnes du premier et du deuxième rang, inter inferiores superiores que columnas), sera d’un quart moins haute que ces colonnes, afin que ceux qui se promènent dans les galeries supérieures de la basilique ne soient pas vus des personnes qui s’occupent en bas de leurs affaires. » Vitruve construisit lui-même une basilique à Fano, mais il n’y a pas appliqué toutes les règles qu’il donnait dans son ouvrage, comme des principes généraux. On semble y être resté plus fidèle dans les basiliques et dans les bourses construites de notre temps.
M. J. Guadet, au savant article duquel nous empruntons beaucoup de détails que nous donnons ici, et qui en fournit d’autres très intéressants, fait remarquer que « Vitruve ne parle nulle part d’une abside, et qu’il n’en est question dans aucun des auteurs qui se sont occupés des basiliques. Cependant », ajoute-t-il, « comme une des principales destinations de ces édifices était d’abriter les juges et les plaideurs, le tribunal devait avoir une place à part. » Nous ferons remarquer que Vitruve est logique dans son silence à cet égard, car il ne parle ni de juges ni de plaideurs comme hôtes ordinaires des basiliques, mais uniquement des commerçants et des gens qui y font leurs affaires.
« A la basilique de Pompéi », observe encore M. Guadet, « la place des juges est très nettement indiquée, à l’extrémité du monument, par une importante tribune carrée, élevée au-dessus du sol, environ à hauteur d’homme, et faisant face à l’entrée. »
Nous ne nous étonnons nullement de voir dans une ville de province, la bourse et le tribunal, particulièrement celui des édiles, juges des marchés, dans le même monument. Il en est encore très fréquemment ainsi dans nos grandes villes de France. Bourse et tribunal de commerce y sont fréquemment réunis sous le même toit. A Rome, au contraire, on avait construit les basiliques sans se préoccuper du tribunal. Comme à la Bourse de Paris, la pensée dominante pour chacune d’elles était celle du parloir ou marché public ; et c’est pour cela qu’on n’y trouve pas de place spécialement réservée à l’administration de la justice ; probablement, elle s’y réfugiait quelquefois, lorsque les intempéries la chassaient de son tribunal du Forum.
La basilique Porcia, de Porcius Caton, était au nord-est du Forum ; elle fut détruite par un incendie occasionné par les funérailles de Clodius. C’est du même côté que fut édifiée, cinq ans après, la basilique Fulvia, appelée aussi Æmilia, et, huit ans plus tard, la basilique Sempronia, au sud-ouest du Forum[581], à peu près en face de la basilique Porcia.
[581] Ampère, op. cit., p. 275 et 592.
En 600-154, c’est-à-dire à peine quinze ans après, une quatrième basilique s’élevait encore au nord du Forum : c’était la basilique Opimia. Paul-Émile fit une nouvelle basilique Æmilia, qui était peut-être une reconstitution de l’ancienne[582], et enfin César en commença une autre dans des conditions assez singulières rapportées par Appien[583], et qui fut achevée par Auguste. On voit à Rome les restes de cette basilique Julia et ceux de la basilique Ulpia, construite plus tard sous Trajan. Plusieurs autres furent élevées sous l’Empire[584].
[582] Cicéron, Ad Attic., IV, 16.