—J'ai mis deux sous à saint Antoine de Padoue et je n'ai pas retrouvé mon Aberdeen.
—La superstition.
—Je ne crois à rien de tout ça, mais j'ai un ami qui tire les cartes et qui m'a dit des choses impressionnantes.
—Il y a eu échange de cartes entre Monsieur Bahut, le petit blond, et Wertheimer, le journaliste.
—Racontez-nous ça.
—Du reste je m'en lave les mains. Il arrivera ce qui pourra. Je l'ai prévenue.
—Si c'était tous les jours, je ne dis pas. Ce n'est plus pareil, mais une fois par hasard.
—Avouez que c'est pour rien.
—Monsieur de Poutre, le père, que j'ai beaucoup connu, était tout à fait de votre avis. Il avait épousé une fille Janina, vous savez, Janina les banquiers? ceux qui ont été compromis dans le krach de l'Union. Ces gens-là avaient un pied partout. Ainsi, Mme Janina, Eugène Janina, était une demoiselle de Conteau de Léry, des Conteau de Léry qui ont organisé pendant dix ans les fêtes des Tuileries. Ils avaient ajouté le nom de Léry au leur à la mort du vieux Biaise de Léry qui a eu une vie très mouvementée et a, dit-on, été l'amant de cette petite actrice... Thérèse voyons... enfin son nom m'échappe, qui a plus tard été épousée par le baron Brizot, le député, dont le petit-fils est justement notre vieil ami Damour. Et ces jours-ci comme je rencontrais le petit Poutre, le plus jeûné, celui qui a dix-huit ans, chez les... mais le nom ne fait rien à l'affaire, et que je lui rappelais tout ce passé, qui, hélas! ne nous rajeunit pas, il m'apprit le mariage de sa cousine Poutre, la fille d'Antoine, avec un Brizot d'Amérique, un de ceux qui par leurs spéculations hardies faillirent compromettre la dernière élection du vieux baron. Ce jeune homme m'a raconté que les Janina n ont plus de quoi vivre et que leur fille, croyez-vous, joue dans des orchestres.
—Étiez-vous l'autre soir au dîner chez le marquis della Robbia? On dit, mais que ne dit-on pas?