—Jovial, bien jovial. Cependant il serait préférable dans votre propre intérêt, qui est aussi celui de votre Cause, que vous m'avouiez tout.

—Oh je n'oserais jamais. Un homme si bien élevé, si poli. J'aurais trop peur de vous ennuyer.

—Je suis là pour ça. Et puis, vous savez, muet comme la tombe ou comme une carpe.

—Oh bien alors, vous devez faire un mauvais avocat.

—Spirituel, spirituel. Vous avez tort de vous méfier. Ainsi, tenez: dans l'affaire Petit-Descharmes, l'assassinat du banquier, j'ai fait acquitter le domestique Céruze qui m'avait avoué être le coupable. Personne n'en saura jamais rien.

—Je comprends tout: vous êtes lié par le secret professionnel. Eh bien, voulez-vous mon avis? Le secret professionnel, c'est une invention admirable. Beaucoup plus fort que le fil à couper le beurre. Je n'aurais jamais trouvé ça tout seul. Non, par exemple.

—Vous voilà en confiance. Parfait: soyez donc sans crainte, personne ne peut nous entendre. Vous pouvez parler comme au confessionnal, hm! je veux dire, bien entendu je suis libre-penseur. Allons, dites-moi tout sans barguigner.

—Pour ça, je vais tout vous dire sans barguigner. Il y avait huit jours que je n'avais pas mangé, quand sur le boulevard de la Chapelle, je rencontre un ami que j'avais perdu de vue depuis le lycée. Mais je ne pense pas être jamais poursuivi pour cela. Alors n'est-ce pas je passe l'éponge. Ça ferait encore des détails et pour peu que vous alliez le raconter.

—Le secret professionnel.

—Par où faut-il commencer? Par le commencement, cette malice. Je suis né l'année où il a fait si grand vent, d'un père inconnu et d'une revendeuse à la toilette.