«La bière au pied des falaises, l'érable au cœur du mont aimanté qui déferre les navires, le soleil mon joli mari d'aube, les après-midi indolents, les cours d'eau échappés des massifs granitiques, le vol plongeant des martins-pêcheurs, je donnerai toute la vie pour mes cheveux, mes cheveux qui raniment de leur losange orageux les sens innombrables de mon ami.
«Mon ami est un petit phoque, un gentil goulu, mon amant. Mon ami ne m'a rien donné, ne m'a pas dit qu'il me trouvait belle. Il m'a caressé par hasard et nous avons dormi ensemble. Dormi, dormi, dormi. Ses mains sont de beaux dieux blancs.
«Découvertes marines, tes baisers d'algues lisses dansent. Tu glisses lentement entre mes bras, sapin brisé, orgueil, ébène ou banquise. Lézard, que dis-tu de mes dents? Que dis-tu du temps qu'il fait? Pour un peu, nous irions en villégiature.
«Démence autour du cou, fourrure étreinte, dans les prés la femme et les désirs perdus. Jour et nuit l'amour. Ce qui sort des forêts prend la forme du printemps. À l'ombre de Télémaque, la nature entière se blottit. Chante, sarments, feux, courant d'air; les insectes dorés attendent ton réveil.»
Le vieillard Mentor gravissait le coteau. Il roulait dans sa bouche un caillou pour se délier la langue, comme chacun sait. Il aperçut Eucharis, entendit sa chanson et le nom de Télémaque.
«Mon enfant, dit-il à la nymphe, m'avez-vous écouté? Joyeuse, vous parlez toute seule de mon élève.
—Étranger, dit Eucharis, vous entendez singulièrement votre devoir de précepteur. Votre prince me plaît cependant. Il dort comme une jolie brute. Regardez ce qu'il m'a fait. Et là, et encore là.
—Je préférais qu'il fît avec vous des débuts escomptés par votre Calypso, un peu défraîchie et trop débauchée.
—Après ma maîtresse, c'est moi-même que...