Comme c'est un bon luron et un gai compère, il a toujours eu le mot pour rire, même à ses propre dépens. C'est ainsi qu'il raconte volontiers l'anecdote suivante:

--Vous savez, moi, j'ai été élevé à la campagne. On avait l'habitude de tuer un porc et d'abattre un boeuf tous les ans pour l'usage de la famille. Lors d'une opération de ce genre, l'homme engagé tenait le boeuf par les cornes et j'avais la hache dans les mains, prêt à frapper, lorsque notre engagé m'arrêta et m'apostropha ainsi:

—Dis-donc, 'Poléon, es-tu pour fesser oùsque tu r'gardes?

—Mais certainement.

—Oui. Eh ben, moé, j'te l'dis tout d'suite, j'lâche le "beu."

LES PUNAISES DU CANADA

Il est parfaitement reconnu que le Canada, dans l'idée de la plupart des Français qui sont venus s'établir ici pour y gagner leur vie, est un pays à peu près inhabitable; que ceux qui y résident sont tous des ignorants, et qu'il n'y a rien excepté de la neige et de la glace. En 69, je quittais la capitale de Terre-Neuve, St-Jean, à bord du Peruvian, de la ligne Allan, pour revenir à Montréal. Nous longions la côte de l'Île, un paquet de roches de 300 milles de longueur jusqu'à la Baie des Iles, pour s'engager dans le détroit conduisant jusqu'au Golfe St-Laurent.

Le commissaire de bord, un Écossais pas pour rire, vint me trouver et me dit dans son anglais aussi sec qu'énergique:

—Sir, I see by your name on the list of passengers that you are a Frenchman.