Un jour, Toinon, qui n'avait consulté personne au sujet de ses droits de faire pacager son cochon sur le chemin du roi, s'amena au bureau de l'avocat de la Couronne pour exposer ses griefs qui étaient réels à son avis et avoir une "consulte."
Après les salutations d'usage, l'avocat lui demanda le motif de sa visite, et voici l'histoire de Toinon:
—J'voudrais savoir si Barthélemy Lavigne a l'droit de tuer mon cochon, parc'qu'y pacageait dans le chemin.
—Mais non, Toinon, il n'a pas le droit de tuer ton cochon. Conte-moi comment c'est arrivé et n'oublie aucune circonstance.
—Vous savez, en arrivant su'l'côteau, il s'est mis à pousser son ch'val, pis mon cochon s'est mis à courir devant lui au p'tit trot—un grand cochon maigre—pis Barthélemy a poussé su' l'cochon, pousse, pousse, pousse, jusqu'à c'que l'cochon prenne l'épouvante; pis, en arrivant cheux nous, y a voulu prend' la barrière, pis y a viré drette en équerre.
Mais, M'sieu, y v'nait si vite qu'y s'est attrapé l'fouillon su' l'piquet et pis y s'est défouillonné nette, y avait pus yinq' l'écuelle en d'sour. Pis, comme de raison, y était trop maigre pour le manger, et j'perds tout.
—Comme ton animal était errant sur la voie publique, il n'y a pas de recours.
—C'est ben sacrant, la loi!
—Dors-tu, Joe?