—Racontez à la cour ce que vous connaissez de la nouvelle route.

—J'avais attelé un ch'val violent su' mon "berlot" neu', et j'm'en allais à Rawdon, tout seul dans ma voiture. Faut vous dire que quand l'eau est haute, ça forme des inondations flambantes et des incendies d'eau impossibles à contrôler; quand il neige par là-d'ssus, ça fait des cahots, l'guabe m'en put, de trois pieds d'bas; rendu en haut de la côte, et avant d'descendre, j'arrête mon ch'val et je r'garde la route. Presqu'en bas, y avait un cahot effrayant. C't'égal, j'lâche ma bête en m'disant: J'passerai ben. Mon ch'val arrive à c'cahot, se jette dedans, et en essayant de remonter, y casse mon travail et y file comm' s'il avait eu l'feu au darrière. Moé, j'tombe, et j'me défonce quasiment. J'ai sacré ane escousse, parc'que j'su' pas patient et j'me sus rendu à pied jusqu'à la première maison.

—Attendez un peu, et répondez à une autre question très importante. N'est-ce pas là que Ponce-Pilate a perdu son batte-feu?

—Oui, ça doit êt' là! ça doit êt' là! ça doit êt' là!

En flattant la vanité des gens, on peut leur faire commettre les sottises les plus grandes possibles.

UNE MALADIE CUTANÉE

Dans une famille d'un faubourg de Montréal une de ces bonnes Canayennes de l'ancien temps, comme on n'en fait plus de nos jours, est sur un lit de douleur et se gratte la fesse droite d'une manière désordonnée, en proie à une maladie de peau qui la fait geindre horriblement.

Cinq ou six commères des environs, venues pour la consoler et compatir à ses peines, profitent de l'occasion pour jaser à qui mieux mieux sur ce cas extraordinaire, et font des commentaires sur cette maladie.