PHILOKLÉÔN.
Puis, lorsque j'entre, chargé de supplications et la colère calmée, je ne fais rien de tout ce que j'ai dit; seulement j'écoute de toutes parts les plaintes des gens qui espèrent l'acquittement. Vois-tu? on n'entend plus que flatteries à l'adresse du juge. Les uns déplorent leur misère, et ajoutent des maux supposés à ceux qui sont réels, pour les égaler aux miens; les autres nous racontent des histoires ou quelque trait comique d'Æsopos. D'autres lancent une raillerie pour me faire rire et apaiser ma rigueur. Si rien de tout cela ne nous touche, ils nous amènent aussitôt par la main leurs enfants, filles et garçons: j'écoute; ils se prosternent et bêlent à l'unisson. Alors le père, saisi de crainte, me supplie, comme un dieu, par pitié pour ses enfants, de lui faire remise de la peine. «Si tu aimes la voix d'un agneau, sois sensible à la voix de ce garçon.» Mais si j'aime la voix des petites truies, il essaie de me toucher par celle de sa fille. Et nous, par égard pour lui, nous détendons un peu les cordes de notre colère. N'est-ce pas là un grand pouvoir, qui permet de dédaigner la richesse?
BDÉLYKLÉÔN.
Second point de son discours que je note: «Qui permet de dédaigner la richesse.» Dis-moi maintenant les avantages que tu prétends tirer de ta souveraineté sur la Hellas?
PHILOKLÉÔN.
Chargés de constater l'âge des enfants, nous avons le droit de voir leurs parties honteuses. Qu'Œagros soit cité en justice, il ne sera pas absous avant de nous avoir récité la plus belle tirade de Niobè. Un joueur de flûte gagne-t-il sa cause, en reconnaissance, il se bride la joue avec sa courroie, et joue un air aux juges à leur sortie. Si un père, en mourant, désigne par testament l'époux destiné à sa fille, son unique héritière, nous envoyons là-bas pleurer toutes les larmes de leur tête le testament et la coquille solennellement appliquée au cachet, et nous donnons la fille à celui dont les prières nous ont convaincus. Avec cela, point de comptes à rendre de nos actions: ce que n'a aucune autre magistrature.
BDÉLYKLÉÔN.
Effectivement, et c'est la seule des choses que tu as dites dont je puisse te féliciter. Mais, quand tu enlèves la coquille au cachet du testament d'une héritière, tu commets une injustice.
PHILOKLÉÔN.
De plus, quand le Conseil et le peuple sont embarrassés de juger sur quelque grave affaire, un décret renvoie les coupables devant les juges. C'est alors qu'Euathlos et ce grand Kolakonymos, lâcheur du bouclier, protestent qu'ils ne nous trahiront pas et qu'ils combattront pour le peuple. Et jamais, dans l'assemblée, aucun orateur n'a fait triompher son avis, s'il n'a dit que les tribunaux ont le droit de se retirer, aussitôt qu'ils ont jugé une affaire. Kléôn lui-même, ce grand braillard, ne mord pas sur nous, mais il nous garde, nous caresse de la main et nous préserve des mouches, tandis que toi, tu n'as jamais rien fait de tout cela à ton père. Et Théoros, quoique ce soit un homme qui n'est pas au-dessous d'Euphèmios, il prend l'éponge dans le bassin et décrotte nos chaussures. Vois de quels biens tu veux me priver, me dépouiller. Voilà ce que tu appelles de l'esclavage, de la servitude, et tu prétends le prouver.