LYSISTRATA.

C'est ce que je vous disais. Les femmes sont à l'Akropolis de la Déesse: elles s'en sont emparées. Pour toi, Lampito, va-t'en mettre ordre à toutes nos affaires, et laisse-nous celles-ci en otages. Nous, rendons-nous avec les autres à l'Akropolis, et formons-y une barricade de poutres.

KALONIKÈ.

Ne crois-tu pas que les hommes ne vont pas tarder à se mettre en campagne contre nous?

LYSISTRATA.

Je ne m'en soucie guère. Ni les menaces, ni la flamme, dont leur venue s'armera, ne leur feront ouvrir ces portes, s'ils ne se soumettent à nos conditions.

KALONIKÈ.

Par Aphroditè! non, jamais; ou l'on aurait tort de nous appeler femmes invincibles et de malicieuse humeur.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Avance, Drakès; conduis-nous d'un bon pas, quoique tu souffres de l'épaule à porter ce fardeau de bois d'olivier vert. Il arrive bien des choses imprévues dans une longue vie, pheu! On n'eût jamais pensé, ô Strymodoros, qu'on apprendrait que les femmes, nourries par nous, peste réelle du foyer, s'empareraient de la statue sainte, prendraient mon Akropolis, et, à l'aide de barricades et de leviers, fermeraient les Propylæa. Mais, le plus vite possible, courons vers la ville, ô Philourgos: enveloppons de ces souches toutes celles qui ont tramé ce complot et l'ont mis à exécution; formons-en un seul bûcher, brûlons-les de nos propres mains et d'une résolution unanime, et d'abord la femme de Lykôn.