A mon tour, je chante et je glorifie l'auguste fille de Lèto, Artémis, qui ne connaît point la couche nuptiale.

AGATHÔN.

Et Lèto, et les sons de la lyre asiatique imitant par le rhythme les mouvements rhythmés des Kharites Phrygiennes.

LE CHOEUR D'AGATHÔN.

J'honore la puissante Lèto, et la kithare, mère des hymnes, aux mâles et nobles accents, dont l'éclat fait étinceler les yeux de la Déesse, émue par la soudaineté de notre voix. En retour, chante le souverain Phoebos. Salut, heureux fils de Lèto.

MNÈSILOKHOS.

Combien est douce cette mélodie, ô vénérable Génétyllidès! Elle est féminine, voluptueuse comme un baiser à bouche demi-close, si bien qu'en l'écoutant, un chatouillement m'a saisi par-dessous mon siège. Et toi, jeune homme, qui que tu sois, je veux t'interroger à la manière d'Æskhylos, dans sa Lykourgia... D'où vient cet efféminé? Quelle est sa patrie? Son vêtement? Pourquoi cette vie désordonnée? Un luth et une robe couleur de safran? Une lyre et une résille? Une lékythe et une ceinture? N'est-ce pas un contraste? Qu'y a-t-il de commun entre un miroir et une épée? Toi-même, enfant, qui es-tu? Prétends-tu être un homme? Où est ce qui fait l'être viril? Où est ta læna? ta chaussure lakonienne? Serais-tu une femme? Alors où est ta gorge? Que réponds-tu? Pourquoi garder le silence? D'ailleurs, je te devine à ton chant, puisque toi-même tu ne veux rien dire.

AGATHÔN.

O vieillard, vieillard, c'est de la jalousie que provient le blâme que je viens d'entendre; mais je n'en éprouve aucune douleur. Je porte un costume en rapport avec ma pensée. Il faut qu'un poète s'ajustant aux drames qu'il doit composer, y adapte son caractère. Si on compose des drames à femmes, il faut que le corps prenne des manières féminines.

MNÈSILOKHOS.