KARIÔN.

Aussitôt donc que nous sommes arrivés auprès du Dieu, conduisant l'homme, alors le plus misérable, et maintenant un être au comble du bonheur et de la félicité, nous avons commencé par le mener à la mer, puis nous l'avons baigné.

LA FEMME.

Quel bonheur, de par Zeus! c'était pour un vieillard d'être baigné dans la mer froide!

KARIÔN.

Ensuite, nous nous rendons au sanctuaire du Dieu. Après avoir consacré sur l'autel gâteaux et offrandes, livrés à la flamme noire de Hèphæstos, nous couchons Ploutos d'après le rite voulu, et chacun de nous s'arrange un lit de paille.

LA FEMME.

Y avait-il quelques autres personnes implorant le Dieu?

KARIÔN.

Tout d'abord Néoklidès, qui, bien qu'aveugle, surpasse en adresse les voleurs clairvoyants; puis un grand nombre d'autres, atteints de toutes sortes de maladies. Après qu'il eut éteint les lampes, le ministre du Dieu nous enjoint de dormir, nous disant que, si l'on entend du bruit, nous ayons à nous taire; nous nous couchons tous tranquillement. Moi, je ne pouvais fermer l'oeil: certain plat de bouillie, placé à peu de distance de la tête d'une vieille, m'entraînait fatalement à me glisser par là. Portant en haut mes regards, j'aperçois le prêtre qui enlève les gâteaux et les figues sèches de dessus la table sainte; après quoi, il fait le tour des autels, l'un après l'autre, afin de voir si quelque galette y est restée, et il les met ensuite pieusement dans une sacoche. Alors moi, convaincu de la grande sainteté de l'action, je saute sur le plat de bouillie.