KARIÔN.

A travers mon manteau: car il ne manque pas de trous, Zeus m'en est témoin. Avant tout, il se met à délayer un cataplasme pour Néoklidès, en versant trois têtes d'ail. Il pile ensuite le tout dans un mortier avec un mélange de gomme et de lentisque, l'arrose de vinaigre sphettien, et l'applique sur les paupières retournées, pour augmenter la douleur. Le patient crie, hurle, s'enfuit à toutes jambes; mais le Dieu lui dit en riant: «Demeure ici avec ton cataplasme, afin que je t'empêche de te parjurer dans l'assemblée.»

LA FEMME.

Quel dieu patriote et sage!

KARIÔN.

Cela fait, il s'assoit auprès de Ploutos, et, d'abord, il lui tâte la tête, puis, pressant un linge bien propre, il lui essuie les paupières: Panakéia lui enveloppe la tête d'un voile de pourpre, ainsi que le visage; le Dieu souffle, et aussitôt deux énormes dragons s'élancent hors du temple.

LA FEMME.

Bons dieux!

KARIÔN.

Ceux-ci, s'étant glissés doucement sous la pourpre, lèchent les paupières, à ce qu'il m'a semblé; et, en moins de temps, maîtresse, que tu n'en mets à boire dix kotyles de vin, Ploutos se dresse voyant clair. Moi, de plaisir, je bats des mains, et je réveille mon maître. Aussitôt le Dieu disparaît, et les serpents rentrent dans le temple. Mais les gens couchés auprès de Ploutos l'embrassent comme tu penses, et restent éveillés toute la nuit, jusqu'à ce que brille le jour. Pour moi, je remercie le Dieu de toutes mes forces pour avoir vite redonné la vue à Ploutos et rendu Néoklidès plus aveugle.