L’artiste a placé ses jeunes et charmants modèles sur une même ligne, devant un fond de draperie relevée qui laisse apercevoir les ombrages d’un parc. Au centre du tableau se tient le prince de Galles, qui devint plus tard Charles II d’Angleterre; vêtu d’un riche costume pourpre avec collerette de dentelle et manches à crevés, il appuie sa jolie main d’enfant sur la tête d’un énorme et paisible molosse. Tout près de lui, à gauche du tableau, est figuré son jeune frère, âgé de quatre ans, encore en costume de fillette, qui deviendra roi à son tour sous le nom de Jacques II; la charmante fillette de six ans qu’on aperçoit à gauche, si mignonne sous sa parure de cheveux blonds et qui prend déjà des airs de reine, est la princesse Marie qui sera plus tard la mère de Guillaume III. A droite, l’enfant qui s’empresse auprès du bébé, n’a guère plus de deux ans; c’est la princesse Élisabeth. Quant au rose et potelé baby qui se débat dans ses langes pour atteindre la tête du chien, c’est la princesse Anne, la dernière fille de Charles Ier, qui mourut en bas âge.
Van Dyck, uniquement préoccupé de la ressemblance de ses modèles, s’inquiétait assez peu des artifices de composition employés par certains artistes pour mettre en valeur les personnages. Il avait trop de génie pour recourir à l’habileté. Il lui importe peu de risquer la monotonie en disposant les enfants royaux sur une même ligne; ce qui compte pour lui—pour nous aussi—c’est d’exprimer exactement la physionomie de chacun d’eux. Il est à peine utile de montrer avec quel bonheur il y a réussi, avec quelle intensité il a su peindre la vie sur ces jeunes visages insouciants, aux yeux limpides, que le malheur n’a pas encore effleurés et devant qui ne se dresse pas l’effroyable avenir qui les attend. Il y a déjà, dans ces petits corps à peine formés, cette naturelle aisance, ce suprême parfum d’aristocratie qui distingua toujours la noble race des Stuarts.
Van Dyck peut être considéré comme le roi des portraitistes. D’autres, comme Rembrandt, ont marqué leurs modèles de traits plus vigoureux et plus profonds; aucun peut-être n’a possédé au même degré cette netteté de lignes, cette certitude tranquille qui ne connaît pas la défaillance. Un portrait de Van Dyck peut être comparé à tous les autres de sa main, ils sont tous également supérieurs. Absorbé et souvent distrait par la luxueuse existence qu’il menait à Londres, il lui fut impossible d’exécuter lui-même toutes les commandes dont on l’assaillait. Imitant l’exemple de son maître Rubens, il s’était entouré d’une pléiade d’élèves habiles, formés par lui, qu’il chargeait d’établir la plupart de ses portraits. Mais lorsque le portrait était campé, dégrossi, il le prenait dans ses mains puissantes et, en quelques touches rapides de son pinceau prestigieux, il lui donnait sa forme définitive, il le marquait de sa griffe géniale. Le portrait devenait un authentique Van Dyck.
Il n’en usait pas avec cette liberté quand il peignait le roi Charles, la reine Henriette ou les enfants royaux. Dans ces portraits, tout est bien de sa main; elle se révèle manifestement dans la précise clarté des paysages, dans la lumineuse profondeur des ombres, dans la distinction discrète d’un coloris toujours parfait.
«Le grand Flamand», comme on appelle généralement Van Dyck, a connu cette gloire de n’avoir eu aucun détracteur au cours des siècles. Il y a unanimité d’admiration autour de son œuvre. Reynolds, peintre de portraits lui aussi, le proclamait le plus grand portraitiste qui ait jamais existé et Gainsborough mourant se réjouissait dans l’espoir de retrouver Van Dyck au ciel.
Bien qu’il ait abordé avec une maîtrise égale les sujets mythologiques et religieux, Van Dyck demeure le roi incontesté du portrait et son œuvre lui a acquis une gloire immortelle et une place de premier plan à côté des plus grands noms de la peinture.
Les Enfants de Charles Ier figurent dans la partie de la “National Gallery” consacrée spécialement aux portraits.
Hauteur: 0.58.—Largeur: 0.99.—Figures grandeur demi-nature.