—Quoi qu'en dise Horace, messieurs, ne regrettez-vous pas, comme moi que M. le curé n'ait pu mettre sur la scène la baignoire de Bethsabée? Vive Dieu! comme Mlle Clairon...[ [9]
[9] Voir à l'Appendice. [note 9]
—Pardon, monsieur, interrompit le curé, la rougeur au front; mais vous oubliez que ma tragédie est une tragédie sainte, et que rien n'y doit offenser les oreilles ou les yeux des spectateurs chrétiens.
—Omnia sancta sanctis, monsieur le curé; je tiens à la baignoire. Et vous, messieurs?
—Oui, oui, il nous faut la baignoire, s'écrièrent ensemble les convives de d'Holbach.
—Messieurs, je ne puis vous l'accorder. N'insistez pas, je vous prie.
—Nous respectons vos scrupules, dit M. de Margency; qu'il soit fait selon votre désir... Mais, poursuivit-il, qu'il me soit permis, avant de nous séparer, d'ajouter un mot encore...
Le curé dressa l'oreille.
—Vous êtes du pays du grand Corneille, monsieur le curé; nous ne le saurions pas, que votre style nous l'aurait bien vite appris. Comment avez-vous fait pour arriver du premier coup à cette mâle vigueur, dont l'auteur de Polyeucte et vous avez seuls le secret?
—Messieurs, répondit l'abbé, si mon style a quelque ressemblance avec celui de Corneille, je le dois à la lecture approfondie que j'ai faite de ce grand poète; mais qu'on ne m'accuse d'aucun plagiat: j'affirme solennellement que mon style est à moi, et bien à moi... Je vois, monsieur, continua le curé, en s'approchant de M. de Margency, que vous êtes, comme on dit, un homme du métier, et je ne doute pas que vos pièces n'aient obtenu sur la scène un légitime succès.