M. DCCC. XCVIII
DIDEROT
ET LE CURÉ DE MONTCHAUVET[ [1]
Au milieu du XVIIIe siècle vivait, ou plutôt végétait tristement dans l'humble presbytère de Montchauvet, en plein Bocage normand[ [2], un curé poète qui doit aux Encyclopédistes l'immortalité du ridicule, et dont les vers extravagants furent,—qui le croirait?—une des causes de la rupture de Jean-Jacques Rousseau avec ses bons amis, les Philosophes.
[1] Voir à l'Appendice. [note 1]
I
L'abbé Le Petit[ [3],—c'est le nom de notre curé,—s'ennuyait à mourir dans le village où l'avait enterré son évêque[ [4]. Il avait beau monter sur les âpres rochers qui dominent le presbytère et interroger l'horizon, il ne voyait venir personne qui fût digne de le comprendre et sût goûter les vers qu'il composait dans sa morne solitude. Et laissant tomber ses regards sur les masures de ses paroissiens: «Ici, il n'y a que moi d'homme d'esprit, se disait-il. Point de société!... Pour toute ressource, le magister, c'est-à-dire un paysan habillé de noir!»