Le lendemain, ce fut un furieux jour de barbe.[ [12]
[12] Voir à l'Appendice. [note 12]
III
Le Club holbachique s'était proposé d'achever de rendre fou le curé de Montchauvet, s'il y manquait quelque chose. Ils y réussirent; car, l'année suivante, le curé revint à Paris et n'hésita pas un seul instant à soumettre aux encyclopédistes la nouvelle pièce qu'il avait rimaillée au fond de son village. C'était la tragédie de Baltazard, dans laquelle, pendant quatre mortels actes, il s'agit de savoir,—selon la fameuse théorie inventée par l'abbé Le Petit,—si le roi soupera ou s'il ne soupera pas.
On voit d'abord paraître les deux mages, Hyrcan et Arbate. Baltazard vient d'être vaincu. Sans aucun doute, la défaite du roi les affecte profondément; mais ce qui les tourmente par-dessus tout, c'est la crainte de ne pas souper.
Pendant qu'ils délibèrent, sans rire, sur cette grave question, survient Aristée, femme du roi et fille d'Abradate, roi de la Susiane; elle vient (elle ne s'en cache pas) pour faire un monologue; mais comme la présence des deux mages la gêne: «Éloignez-vous...» leur dit-elle. Alors elle demande aux Dieux, qu'elle appelle «puissants moteurs», de lui rendre compte de l'indigne sort de son époux: «Que vais-je devenir?» s'écrie-t-elle:
Où fuir et dans quels lieux, quelle obscure contrée,
Dérober aux humains une reine éplorée?
Mais, tout bien réfléchi, elle ne veut pas se risquer