Cyrus n'est pas très flatté de ces dédains; car, si on l'en croit, sans Aristée, le trône où il monte n'est plus

...... qu'un redoutable ennui.

Mais il n'est pas au bout de ses peines. Nitocris vient lui reprocher la mort de son fils, et se tue presque sous ses yeux. Aristée veut en faire autant. Cyrus l'arrête. «Laisse-moi mourir,» lui crie-t-elle:

..... Accorde au moins cette grâce dernière

Au reste infortuné d'une famille entière

Cyrus tient bon, l'empêche de s'occire, et met fin à la tragédie par ces vers mémorables, mais bien peu en situation, puisque Nitocris est morte:

Secourons Nitocris, et demandons aux dieux

Qu'ils fassent de ce jour un jour moins odieux!

Il est fâcheux que Grimm ne nous ait pas noté les divers incidents auxquels a dû donner lieu la lecture de ce chef-d'œuvre. Il se contente de dire: «Le curé nous a tenu parole; il est revenu avec une seconde tragédie, intitulée Baltazard, tout aussi bonne que la première. Je crois qu'il n'a pas pu trouver d'imprimeur. Mais il est reparti pour sa cure un peu plus content de nous.»

Dans la préface de Baltazard, le curé de Montchauvet nous en dira plus long: «Le peu de succès de ma première pièce m'avoit presque déterminé à n'en pas entreprendre une seconde. Cependant, je pensois que si Racine avoit été découragé par la médiocrité des Frères ennemis, nous n'aurions jamais eu ni Yphigénie (sic), ni Phèdre; et je repris la plume que la critique m'avoit presque fait tomber des mains. Je composai donc mon Baltazard après ma Bethsabée, à qui je donnai un frère, comme M. de Boissy l'a dit également du Méchant de M. Gresset. J'apportai à Paris cette seconde production de ma verve échauffée et de mon génie irrité par les difficultés, bien résolu de la sacrifier, si je ne me trouvois pas autant au-dessus de moi-même que je le désirois, et que Racine et Corneille s'étoient montrés supérieurs à eux-mêmes, à mesure qu'ils se familiarisoient davantage avec le génie dramatique. Il ne s'agissoit plus que de rencontrer des juges équitables qui m'éclairassent ou sur ma médiocrité ou sur mes progrès. Mais où trouver ces juges équitables dans une ville fausse comme celle-ci, où l'on semble prendre à tâche de décourager ceux qui donnent quelque espérance? Heureusement, un homme distingué par sa naissance, son goût, sa probité, et surtout par l'accueil qu'il daigne faire aux talents naissants, s'offrit à rassembler chez lui cinq ou six des meilleurs esprits, qui la jugeroient avec la dernière sévérité, et qui m'apprendroient par le jugement qu'ils en porteroient, celui que j'en devois porter moi-même. L'avouerai-je? L'examen fut sanglant, et je laissai mes critiques bien convaincus qu'ils avoient rempli le projet, que peut-être ils avoient formé, de me ramener à des fonctions que je reconnaîtrai sans peine avec eux très supérieures à l'occupation d'un poète, ce poète fût-il plus grand que Racine et Corneille. Mais je réfléchis sur leurs observations; je vis bientôt qu'il n'y avoit aucune pièce au monde sur laquelle on n'en pût faire d'aussi solides; et je parvins à me démontrer évidemment que ma seconde tentative dramatique m'avoit beaucoup mieux réussi que je n'aurois osé le penser, sans le suffrage de tous mes censeurs. Je dis le suffrage, car ce fut le véritable jour sous lequel je ne tardai pas à voir leur critique. Je me dis à moi-même: Comment! Voilà donc à quoi se réduit tout ce que les hommes de Paris, qui passent pour avoir le plus d'esprit, trouvent de répréhensible dans mon ouvrage? En vérité, il faut qu'il soit mieux que bien: je ne risque donc rien à le publier; et j'eus tout l'empressement que donne l'espoir du succès, de le porter à mon imprimeur. C'est donc à ces Messieurs plutôt encore qu'à moi que le lecteur en doit la publicité... J'en vais méditer une troisième. Je suis jeune, j'ai du courage, et pour peu que je m'élève à chaque essort (sic) que je prendrai, j'espère me voir enfin à une hauteur suffisante pour contenter la vanité d'un auteur qui n'en a pas beaucoup. Ainsi soit-il!»