Montchauvet, aujourd'hui dans l'arrondissement de Vire, canton de Bény-Bocage (Calvados).
Le curé de Montchauvet, la victime de Diderot et de ses amis, se nommait, non pas Petit, comme l'appelle Grimm, mais Le Petit. Grâce à l'obligeance de M. Lair, instituteur à Montchauvet, qui a bien voulu me communiquer les vieux registres conservés dans les archives de la mairie, j'ai pu constater que l'abbé Le Petit (Jean-Baptiste) a dû arriver à Montchauvet au mois d'avril 1751. Le premier acte signé de lui, comme successeur du curé Moussard, est du 14 avril 1751. Deux fois seulement (14 août et 15 septembre 1752), l'abbé Le Petit, assez souvent appelé dans le corps des actes (baptêmes, mariages ou inhumations), Le Petit Dequesnay ou de Quesnay, a signé Le Petit Dequesnay. Partout ailleurs il signe tout simplement Le Petit.
Le dernier acte, non pas écrit, mais signé par le curé Le Petit, d'une écriture tremblée, est un baptême en date du 30 mai 1786.
Devenu infirme, sans doute, il fut remplacé, de son vivant, par son vicaire Lemarchand[ [14]. L'abbé Le Petit mourut le 16 décembre 1788. Voici l'acte d'inhumation du pauvre poète:
«Le dix-sept décembre 1788 a été par moi curé de Montami soussigné inhumé dans le cimetière de Montchauvet le corps de maistre Jean-Baptiste Le Petit ancien curé de Montchauvet décédé d'hier âgé d'environ soixante-huit ans présence de Mrs le curé et vicaire actuels.
(Ont signé) Lemarchand [curé], Jouenne [vicaire] et G. Liot [curé de Montamy].
[14] A partir du 30 mai 1786, les actes sont signés par Jouenne ou Le Marchand, vicaires. Le premier acte que nous ayons trouvé, signé par Le Marchand, curé, est du 9 janvier 1788; mais nous devons ajouter que le registre de 1787 manque aux archives de Montchauvet.
Jean-Baptiste Le Petit, âgé de 68 ans environ, quand il mourut en 1788, a donc dû naître (où ??) vers 1720. Il avait trente quatre ans lorsqu'il sentit s'éveiller son génie poétique et qu'il vint lire, pour son malheur, à Diderot et à ses amis, l'«immortelle» tragédie de David et Bethsabée.
D'après les signatures des vicaires Tourgis ou Duhamel, que nous avons relevées au bas des actes des registres paroissiaux de Montchauvet, et qui constatent l'absence du curé, l'abbé Le Petit dut quitter ses sauvages bruyères pour aller à Paris, vers la fin d'août 1753, et ne rentrer dans son village qu'au mois d'avril 1754. Ces dates concordent bien avec celles que donnent les lettres de Grimm.