Avant que l'hiver n'effarouche
L'oiseau fidèle, si tu veux,
Je poserai longtemps ma bouche
Au sombre azur de tes cheveux.

* * * * *

Mais, au fait, si celles qui m'ont élu pour plaider contre vous, ô Maizeroy, ô Catulle, étaient ce que nos aïeux appelaient des: «brunes piquantes»! Oui, vous savez, ce qu'on nomme encore, dans la campagne, de simples «brunettes!» Ah! que j'aurais été daubé dans ma défense et comme je me trouverais vraiment quinaud, tout comme l'Anglais dont se moqua Panurge. J'avoue n'avoir jamais rien compris à la beauté du Diable. Je m'en tiens encore à celle du Bon Dieu. Aussi bien ce culte est-il le seul dont je l'honore. Au cas où ma religion aurait été indignement surprise, je veux conclure par une bien nette profession de foi:

La Nuit dans les cheveux, la Nuit dans les prunelles;
Le jour,—blanc sur le front,—sur la bouche vermeil:
C'est cette ombre jumelle et ce double soleil,
Que celles que je sers doivent porter en elles.

Et je leur veux aussi les grâces solennelles
Des déesses d'antan sortant de leur sommeil.
Car mon esprit païen au ciel même pareil,
Ne resplendit qu'au choc des beautés éternelles.

Il faut a mes baisers des soins fermes et blancs;
Mes bras ne s'ouvrant bien qu'à la rondeur des flancs
Dont le marbre vivant s'élargit en amphore.

Telle est la Femme au corps par mon désir mordu
En qui s'incarne l'heur de mon rêve éperdu
Et dont l'amour cruel sans trève me dévore!

[Illustration]

I

CONTES DE PRINTEMPS