MALCOUSINAT
Mon ami Malcousinat, m'avait dit, l'avant-veille:
—C'est dans deux jours que nous mangeons les haricots ensemble, chez Lascoumette, au Clocher de Castelnaudary.
Et la veille, il m'avait dit encore:
—C'est demain qu'au Clocher de Castelnaudary, nous mangeons les haricots chez Lascoumette.
Et chaque fois, il avait ajouté, sur un ton de philosophie plutôt épicurienne:
—Rien que trois! On ne déguste bien qu'à trois! Nous deux et ma femme!
Le grand jour était arrivé. Dès le matin, j'avais été informé que les haricots étaient arrivés de Pamiers par la grande vitesse. Je n'ai pas besoin de vous dire que mon ami Malcousinat est un gourmet. C'est un brave garçon, mais dont la vie se passe à méditer des gastronomies languedociennes, des plats locaux qu'on ne fait bien qu'à un seul endroit, qu'il faut aller manger là seulement, et encore à heure fixe et par un certain temps déterminé! Il est, à ce point de vue, délicieusement maniaque. Ah! vous pouvez imaginer si, toute la journée, il s'en alla faire des recommandations au sieur Lascoumette, hôtelier du Clocher de Castelnaudary, sur la façon dont les fameux haricots devaient être préparés. Il avait choisi, lui-même, la terre de la casserole, ni trop jaune, ni trop brune, flairé le lard dont une couche légère enduirait le grésal, comme on dit à Toulouse, dosé l'eau dont il faudrait entretenir le mijotage. Il n'avait vraiment vécu, depuis douze heures, que pour cette réjouissance du soir.
Eh bien! moi aussi, j'attendais impatiemment l'heure du dîner!