—Lascoumette! Vous les faites remuer constamment, n'est-ce pas? avec une cuiller en bois d'olivier?

Le gros aubergiste montait, en soufflant, rouge de l'haleine des fourneaux, et ruisselant, comme une gouttière, de la montée de l'escalier en limaçon.

—Oui, monsieur Malcousinat, répondait-il, chaque fois, avec une résignation dont l'expression se saccadait cependant, de plus en plus, comme d'une pointe d'impatience.

Ah! que Mme Malcousinat était adorable à regarder pendant ce temps-là, livrant, du bout de ses ongles roses—tels des pétales de nacre—un combat singulier à une crevette obstinée dans son armure! Et sur quel joli chapelet de perles s'ouvrait sa bouche gourmande après la victoire! L'air un peu plus frais, le soleil étant descendu plus bas sous l'horizon, entrait largement par la fenêtre grande ouverte, et des souffles légers mettaient comme un va-et-vient exquis aux boucles de sa chevelure un tantinet révoltée.

Et Malcousinat, trop inconscient de ma joie innocente pour en prendre la moindre jalousie, continuait de faire monter l'infortuné Lascoumette, à tout moment, pour lui faire de nouvelles recommandations sur la cuisson des fameux haricots.

—Lascoumette, faites-les sauter, maintenant, un peu, dans la fine graisse d'oie.

—Lascoumette, réveillez-les d'une pointe de poivre fraîchement moulu.

Tel un général, sans quitter son fauteuil, conduit, les yeux sur sa carte, une bataille.

—Lascoumette, laissez-les gratiner cinq secondes environ.

—Lascoumette, retirez-les du feu trois minutes pour laisser s'abattre le bouillon.