—C'est pour causer de votre mari. Et il suppose toujours que la République a, contre lui, les plus mauvais desseins?

—Que voulez-vous. Quand on a en deux grands-pères guillotinés sous la Terreur!

—Il y a un siècle de cela, marquise. Ah! c'était le bon temps! il eût émigré et j'aurais pu vous aimer tout à mon aise.

—Fi! vidame! je vais décidément faire monter les lampes.

—Par pitié! un instant encore.

Et le vidame qui avait gagné un peu de terrain, sur le siège commun, gantait d'un long baiser l'aristocratique main de la marquise. Sans avoir l'air d'y prendre garde, celle-ci reprit:

—Mon mari sait que vous veniez, aujourd'hui, au château?

—Certainement. Je m'en voudrais de manquer de franchise avec un tel gentilhomme.

—Et vous saviez, vous, qu'il ne rentrerait que tard?

—Je me serais gardé de rien changer au programme de sa journée. Il est allé aux nouvelles pour se bien assurer que la Révolution ne nous menace pas.