—Je n'accepterais votre dévouement, mon cher collègue, qu'au cas où vous jugeriez à propos de reproduire d'abord la scène de l'adultère.

—Grand merci, mon cher procureur! Tenons-nous-en à celle de l'assassinat.

M. Mirapet rentrait, un instant après, chez lui, et annonçait à Mme Mirapet la preuve de confiance dont elle avait été investie par la justice. Celle-ci ne sourcilla pas et se trouva intérieurement très honorée. Notez que cette dévote personne était, en même temps, une fort jolie femme, blonde, blanche, grassouillette, avec des fossettes partout, appétissante en diable et que la vie provinciale condamnait, seule, à une vertu contre laquelle protestait son égrillarde physionomie.

Mme Ventéjoul fut un peu jalouse de n'avoir pas été choisie. Mais son mari la calma en lui promettant qu'elle assisterait à la restitution du crime. C'était aussi une fort jolie créature, de beauté bourgeoise mais abondante, et qui avait un faible prononcé pour le seul militaire du chef-lieu d'arrondissement, le beau Victor de Bondéduit, capitaine de gendarmerie. Or, ce gentilhomme maréchaussesque ne saurait manquer d'assister à cette expérience et de la recevoir dans ses bras quand elle se trouverait mal.

Tout allait donc à souhait et le pays d'ordinaire morne, était en liesse, grâce à l'excellente idée qu'avait eu ce Tireloupe d'assassiner sa femme. Et on parle sérieusement de moraliser les masses!

A l'heure indiquée, un cortège, magnifique vraiment, sortit du Palais de Justice. Douze gendarmes, commandés par le vaillant Bondéduit, l'escortaient, sabre au clair. Le reste de la force armée veillait sur place, sur l'assassin et sur Bonivet, qui n'avait jamais été plus en mâle beauté de rude manieur de fer. Mme Mirapet avait été conduite en voiture sur le lieu du crime. Sa femme de chambre était en train de la déshabiller suffisamment pour qu'elle fût plausiblement couchée dans le lit du bourrelier.—Un: garde à vôss! terrible retentit sous la fenêtre, suivi d'un bruit de bottes qui cherchent l'unisson sur le pavé. Le procureur, le juge d'instruction et le capitaine de gendarmerie entrèrent dans la chambre de l'assassinat. Mme Ventéjoul fut bien installée à une porte qu'on laissa ouverte, pour qu'elle ne perdit rien du spectacle émouvant qui allait se dérouler. Tireloupe fut armé du revolver qui lui avait servi à tuer sa femme, mais chargé à blanc seulement, cette fois-ci. Il devait demeurer embusqué derrière une autre porte jusqu'à ce qu'on lui commandât de répéter exactement, mais en simulacre, ce qu'il avait déjà fait.

Puis on introduisit le magnifique Bonivet dans le costume sommaire qu'il avait au moment où le bourrelier l'avait surpris.

—Mon ami, lui dit M. Mirapet on le voyant s'acheminer vers le lit où Mme Mirapet était déjà étendue, peut-être auriez-vous pu mettre un caleçon.

—Impossible! répliqua sévèrement Ventéjoul un peu vengé, il n'en portait pas au moment du crime.