—Tu es un bon jobard, reprit le maître du monde, en riant. Elle te rend donc bien heureux?

—Le plus malheureux du monde, propriétaire du Paradis. Elle passe sa vie à sa toilette, et c'est toujours pour plaire à d'autres qu'à moi. Elle me ruine à la journée et me rend ridicule à la nuit. Mais cela n'empêche que je l'aime infiniment et ne me saurais séparer d'elle.

—Tu es encore plus bourrique que je ne l'imaginais; mais c'est pour cela que je me suis tout de suite senti pour toi quelque sympathie. Je la sauverai aussi, pour qu'elle continue à se fiche de toi. Tu sais ce qui te reste à faire?

—Je ne m'en doute pas seulement, régent des étoiles.

—Rappelle-toi l'exemple de Noé.

—Quoi! Seigneur, vous voudriez que je me grise comme un portefaix, et que je montre l'envers de mes chausses à mes enfants? Et comment le ferais-je, inventeur du soleil, puisque vous ne m'avez donné qu'un postérieur et pas de postérité?

—Noë ne se distingua pas seulement par cet acte de confiance envers ses fils. Ne te souviens-tu plus de l'Arche?

—Comment, automédon des nuées, il faut que je bâtisse un petit navire pour m'y installer avec mon adorée et une paire de toutes les bêtes vivantes, pendant quarante jours?

—Je t'autorise à n'emmener que les animaux qui te plairont.

—Ce sera vite fait, Dieu de bonté. Les deux chattes que nous aimons nous suffiront amplement, d'autant qu'elles accoucheront, l'une et l'autre, dans quelques jours.