Au physique tout d’abord. Eh bien! ce sera un certain air négligé qui, si je ne vous mettais pas en garde contre vous-même, préviendrait d’abord, contre eux, vos penchants raffinés et vos goûts naturellement délicats.

Celui qui aime vraiment la femme et qui l’aime uniquement—seule façon de l’aimer—ne se préoccupe jamais d’être, lui-même, joli. C’est parfaitement illogique de sa part, puisqu’il perd ainsi un moyen de plaire à un tas de péronnelles et de charmantes bêtes qu’il est tout prêt à trouver spirituelles: mais c’est ainsi.

L’abnégation est au fond de tout culte sincère. Pour ceux que la beauté de la femme affole vraiment, tout disparaît, au monde, devant elle, et eux-mêmes par-dessus le marché. Leur idéal est plus haut qu’eux, purement objectif, et ils ne demandent qu’à être une poussière vivante sur le chemin que foulent les pas adorés. Vous pouvez m’en croire, Madame: le Monsieur, séduisant d’ailleurs et bénéolent, qui aura passé quatre heures à sa toilette avant de paraître devant vous, n’est pas votre fait. Mais le malhonnête qui ne l’aurait pas faite du tout ne l’est pas non plus. Car si la contemplation intérieure de sa belle ne permet pas, à l’amant parfait que je vous souhaite, de se regarder soi-même, le respect lui interdit de se présenter, devant elle, dans une tenue qui lui fasse horreur. Les femmes bien organisées sont, avant tout, des êtres de juste milieu—je n’en dirai pas autant des hommes!—Montrez votre perspicacité en cette matière, Madame, et aussi votre juste milieu, en en prenant et en en laissant ce que je vous dis.

III

Passons au moral, maintenant, s’il vous plaît.

Là, par exemple, j’ai mon sentiment absolu et je vous donne, comme certain, mon diagnostic. L’amour n’a ici-bas qu’un ennemi sérieux: l’amour-propre. C’est contre lui que vous devez diriger toutes les épreuves auxquelles vous soumettez le néophyte avant de l’admettre dans le temple (je crois que l’image est noblement tournée) ou de prononcer le: Dignus, dignus es intrare! de la comédie, soit pour citer heureusement Molière. Proposez-lui de faire, hardiment, pour obtenir de vous une faveur—oh! mon Dieu, la moindre!—une faveur grande comme votre petit doigt, la plus petite des faveurs! une fleur, par exemple, qui sera tombée de votre corsage et que votre joli pied aura meurtrie, proposez-lui de faire, dis-je, un acte de stupidité écrasante et qui doive le rendre grotesque aux yeux de l’Univers tout entier. S’il hésite un seul instant, flanquez-le à la porte. Il y en a, tous les jours, qui n’hésitent pas, et ce sont les vrais amants!

Tout ceci est pour le côté sérieux des biens que vous attendez du vôtre. Mais n’allez pas négliger les côtés plus purement aimables de la question. Gardez-vous précieusement d’un amant jaloux. Contrairement à l’avis général, ce n’est pas l’Amour que prouve la jalousie, mais son plus implacable ennemi, l’Amour-propre. C’est le fait des tempéraments égoïstes et avares. J’ai vu très sérieusement jalouses de leurs maris des femmes qui les trompaient à la journée—car ce n’est que les amants qu’on trompe à la nuit—en vertu de ce monstrueux sentiment, très commun chez la femme, que tout lui est dû et qu’elle ne doit rien au reste de l’humanité, même des excuses pour nous avoir fait mettre à la porte du Paradis! Mais il est aussi des hommes de cette farine. Il les faut fuir comme la peste. Prenez-moi un brave être doux et confiant et qui ne croie pas que l’Infini se partage, et qui a joliment raison. Car tous nous pouvons dire à la femme que nous avons aimée, avec le poète:

Ce que j’aimais en vous, c’était ma propre ivresse!

Et cette ivresse-là, toutes les infidélités du monde ne sauraient nous la voler. A celui à qui vous donnez, Madame, l’immense joie de l’Amour, qui pourrait se flatter d’en voler quelque chose, puisque ce bonheur est fait d’impressions qui lui sont absolument personnelles et que la femme est comme un instrument d’où chacun tire l’air qu’il lui plaît?