Puis ce fut l'Écume, satire de l'aristocratie espagnole, la seule de toutes ses œuvres où Palacio Valdés, abandonnant son naturel idéaliste, ait sacrifié aux théories littéraires alors dans toute leur force, celles de l'école naturaliste.

Jusqu'alors il avait donné chaque année un roman. Dans la suite il mit moins de régularité dans sa production. La Foi, le Chevalier, l'Origine de la pensée, la Joie du capitaine Ribot, les «Majos» de Cadix, le Village perdu, Tristan ou le Pessimisme parurent ainsi successivement. Quelques années avant la guerre Valdés recueillit sous le titre de les Papiers du docteur Angélique des contes philosophiques et scientifiques, écrits dans l'intervalle de ses autres ouvrages. La Guerre injuste qu'on va lire est l'ensemble des articles qu'il publia dans le grand journal madrilène El Imparcial. Ajoutons enfin qu'une revue espagnole, Revista quincenal, publie en ce moment un nouveau roman de notre auteur: Années de jeunesse du docteur Angélique.

Telle est l'œuvre de Palacio Valdés. Quant à l'homme, il est d'une modestie, d'une bonne humeur, d'une libéralité d'âme, d'une richesse d'esprit, qui font de sa société un délice. Que ce soit à Madrid, dans nos Landes où il passe d'ordinaire l'été, il vit seul, lisant beaucoup ou se promenant. Il n'écrit que s'il lui plaît ou s'il a vraiment besoin d'exprimer des idées qu'il croit utile de répandre. De là le retentissement en Espagne des articles qu'il écrivit sur la guerre. Nous devons à leur auteur la conversion de beaucoup de nos voisins à notre cause. Qu'il en soit ici publiquement remercié.

ALBERT GLORGET.

La Guerre injuste


LA RÉSOLUTION DE LA FRANCE

La direction de l'Imparcial m'a fait l'honneur de me confier la tâche d'étudier l'esprit français dans ces moments si critiques. Quelqu'honneur qu'elle me fasse, je n'aurais pas accepté cette tâche si des motifs d'ordre moral ne s'étaient d'abord offerts à mes yeux. Je suis vieux, ma santé est chancelante, j'ai toujours craint le bruit de la presse. A quoi bon passer du silence au fracas? Pourquoi quitter le coin où depuis des années, à l'insu de la multitude, je cause à voix basse avec des esprits épars dans le monde et qui me sont familiers?

Pourquoi? Parce que la voix de ma conscience, cette voix qui, avec les années, se fait plus forte en tout homme me l'insinue instamment. Alors que des millions d'êtres humains vivent présentement en Europe, les uns dans le sang, les autres dans les larmes, a-t-on le droit d'invoquer la crainte, la maladie, la vieillesse? Laissons la vile matière murmurer; ce n'est pas l'heure d'écouter ses rébellions. L'heure des plaisanteries et des aises est passée; il faut maintenant regarder la réalité brutale bien en face et porter sur les blessures une main pleine de pitié.

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