«Zorroff! Ne suis-je pas l'épervier des batailles? venez, venez, mes vautours, vous n'attendrez pas, je vais vous faire de la nourriture.»
Ils ne reconnaissaient personne, ils n'entendaient plus, ils savouraient déjà l'ivresse de la bataille. On frissonnait de plaisir en les voyant, comme aussi lorsque passaient les Tacho-Negoussé, les Chalaka Beutto, et Gouangoul-Abrouïé, Gouomté-Kassa, Hallé-Aleltou, Beutoul-Andawa, Haïlou-Mariam, Chalaka Guebré-Mikaël, Birro Guébia, Andawa-Libo, Tacho-Méniwabe, Gouxa Faradé et le sanguinaire Gouolemdatch, tous cavaliers célèbres, redoutés au loin; les uns muets, livides et sinistres sur leur selle; les autres ricanant et mâchonnant leur thème de guerre. Tous avaient le brassard d'honneur au poignet droit; quelques-uns portaient une pèlerine de guerre faite en crinière de lion; d'autres s'en allaient les épaules et la poitrine nues. Les chevaux dénotaient la résolution des maîtres. Les poétesses proclamaient ces rudes hommes, les interpellaient et accolaient à leur épithète de tendresse familière:
«Ô ma prunelle, disait l'une, je veux mourir d'amour pour toi; ma verve s'épuisait, mes chants finissaient; oui, gentil fils de ma mère, ravives-en les sources.»
Ou bien, s'adressant à son cheval:
«Va, va, mon aigle; que Dieu te renforce les ailes!»
Une autre criait:
«Enfants de la javeline, attention! je suis ici pour démêler les braves et compter les coups!»
Ou bien, frappant vigoureusement sur l'épaule de quelque soldat à tournure martiale, elle lui disait:
«Je suis ta sœur, moi! ton amie; ne rugis pas encore, ô mon léopard, tu me fais peur! Cache-moi ta javeline dans les côtes d'un ennemi.»
Un trouvère chantait: