L'Afa-Negousse (bouche du roi). Cet officier est l'organe du Dedjazmatch pour toutes ses décisions judiciaires sur chacune desquelles il perçoit une dîme. Il doit se rendre, avant le jour, à la porte du Dedjazmatch, et dès qu'il est réveillé, il entre pour l'avertir qu'on demande justice; il prévient ensuite son subordonné, le Tchohaï-Tabbaki (gardien des crieurs), que le Dedjazmatch est disposé à ouïr les réclamations. Chaque réclamant, sur l'invitation du Tchohaï-Tabbaki, exprime alors à haute voix et à distance de la maison ou de la tente l'objet de son recours. Le Dedjazmatch émet sa décision, et l'Afa-Negousse, debout sur le seuil, la transmet au dehors de façon à être entendu de tous. On choisit, pour remplir cet office, un homme doué d'un organe sonore, expert feudiste et arrêtiste, habile à formuler un dispositif, versé dans la procédure et ayant une élocution correcte et choisie, car au milieu du silence où habituellement il fait entendre sa voix, le dernier goujat de l'armée ne manquerait pas de relever publiquement une expression impropre ou une faute de langage. Cet officier siége au nombre des assesseurs du Dedjazmatch, quand ce dernier tient son plaid: il est investi d'un fief important, et il est fréquemment appelé au Conseil. Ses entrées matinales auprès du Dedjazmatch lui procurent un patronage considérable. Tous les possesseurs de fiefs recherchent aussi son bon vouloir, car il peut dépendre de lui d'envenimer les plaintes de leurs vassaux qui viennent en appel devant le Dedjazmatch, comme aussi d'arrêter ou de concilier leurs réclamations avant qu'elles n'aboutissent. Il campe à part, derrière les gardiens du trésor, sous une tente blanche et entouré des huttes de ses hommes, dont le nombre varie entre deux cents et quatre cents, selon l'importance de son fief.

Le Tchohaï-Tabbaki (gardien des crieurs), ou gardien des appelants en justice, des réclamants ou postulants de toute sorte, qui, à défaut d'autre aboutissant, se présentent de jour ou de nuit, devant la demeure du Dedjazmatch. Dès le chant du coq, il veille avec ses subordonnés à la venue successive des postulants, et il assigne à chacun d'eux son tour pour élever la voix. Il perçoit un tant sur chaque cause et sur chaque soldat que le Dedjazmatch envoie pour transmettre sa volonté aux vassaux qui ont occasionné des plaintes. Cet officier est rarement pourvu d'un fief; on lui assigne une paye en nature ainsi qu'un certain nombre de rations pour lui et ses quelques suivants, et il trouve encore moyen de se maintenir dans l'aisance, par les exactions qu'il exerce sur les plaignants et les bonnes-mains qu'il reçoit des seigneurs. Son office est peu considéré. Il campe sous une hutte, auprès des timbaliers.

Le Feureusse-Balderasse (maître de l'école du cheval), ou écuyer et chef de l'écurie. Il dresse les chevaux et les mules, est responsable de leurs harnais, commande aux selliers et il exerce un droit de réquisition sur les ouvriers de tout corps de métier qui regarde la sellerie et les besoins de l'écurie. Lorsque le Dedjazmatch monte à cheval, le Balderasse visite les sangles et tient l'arçon, pendant qu'un palefrenier tient le cheval par la bride. Sa place, au camp, est immédiatement derrière la tente du Prince, où ses recrues particulières et tous les serviteurs de l'écurie de son maître campent autour de sa petite tente noire. C'est sur son ordre que le chef de la troupe, composée des gardes du destrier, lui envoie un piquet de soldats pour veiller de nuit à la sûreté des chevaux du Dedjazmatch. Après que les sénéchaux ont assis l'impôt de l'orge, c'est lui qui est chargé de la perception; si cette opération présente des difficultés, il requiert au besoin l'appui du corps des gardes du destrier. Il doit percevoir mensuellement des mains du chef des écuyers tranchants une peau de bœuf crue, qu'il fait découper en lanières et distribuer aux palefreniers, qui les corroient et les tiennent prêtes à tous les usages de l'écurie; il donne aussi de ces lanières à préparer aux gardes du destrier pour les besoins de la sellerie. Tout harnais réformé lui revient de droit. Il perçoit la dîme sur les cadeaux de beurre faits au Dedjazmatch, sur les étoffes servant à faire des culottes et sur les chevaux reçus comme impôt, comme cadeau ou même achetés; le cheval de combat du Dedjazmatch n'entre pas en ligne de compte. Quand ce dernier donne un cheval à un vassal important, cet écuyer perçoit sur le donataire un droit de bonne-main. Son cheval de combat et sa mule sont nourris à l'écurie de son maître. À l'époque annuelle du renouvellement des investitures, la plupart des fonctionnaires résignent leurs offices, le chef des gardes et le gardien de l'intimité déposent leurs verges, l'écuyer remplit alors leurs fonctions, et à la nomination du nouveau gardien de l'intimité, il partage ses fonctions avec lui et les profits qui en découlent, jusqu'au premier grand banquet; il dépose alors sur le bas-bout de la table sa verge, signe de son office intérimaire. Quand le Dedjazmatch prend un repas à l'écurie, l'écuyer dirige de droit le service, à l'exclusion des officiers spéciaux, le panetier excepté; il présente lui-même l'hydromel à son seigneur et il a droit à toute la desserte. Il a droit aussi à une certaine partie de viande sur chaque bœuf, chèvre ou mouton de boucherie. Les jours de festin, il se tient debout près du chevet de l'alga; il y boit l'hydromel à discrétion, et de plus, sur chaque grande jarre d'hydromel qui se consomme, l'échanson doit lui réserver une certaine mesure qui lui est remise après le festin. Il a ses entrées chez le Dedjazmatch et jouit souvent de son intimité. Il est pourvu d'un fief qui lui permet d'enrôler pour son compte une quarantaine de soldats. Il va sans dire qu'il doit être écuyer habile et avoir des recettes pour les maladies des chevaux. Il a la police et la conduite des palefreniers et des coupeurs d'herbe, et pour chacun de ces services le Prince nomme, sur sa présentation, un Alaka, ou mesureur, un Tekouatari, ou comptable, et un Aggafari, ou gardien.

Les coupeurs d'herbe, munis chacun d'une faucille et de douze cordelles, ne sont tenus en tous temps que de fournir journellement une charge d'herbe choisie ou, à défaut d'herbe, une charge de paille qu'ils remettent aux palefreniers. Ces derniers sont chargés de nourrir les chevaux et de veiller à leurs attaches; en marche, ils vont à pied et les conduisent à la main; ils perçoivent un droit par cheval donné par le Dedjazmatch, ainsi qu'un morceau de viande spécial par bête de boucherie. Les coupeurs d'herbe ont droit aussi à un morceau spécial de viande. Le nombre des chevaux d'un Dedjazmatch varie beaucoup et s'élève quelquefois à une trentaine.

Le Siga Melkégna (maître de la viande), ou écuyer tranchant. Il a la direction et la comptabilité du parc des bœufs, des moutons et des chèvres destinés à la boucherie, sur lesquels il prélève pour son compte un dixième. Conjointement avec l'Elfigne Askeulkaïe, il commande aux bûcherons, qui sont chargés, lorsque l'armée est en marche, de conduire les troupeaux, de porter les paniers à pains, la braizière du Dedjazmatch, la table à manger, les viandes, de traire les vaches, de faire le bois et d'allumer les feux, d'abattre les animaux et de les dépecer, de griller les viandes et de préparer les outres provenant des chèvres tuées. Il nomme parmi eux un Aggafari et un Alaka. En outre de leur habillement, de leurs rations et d'une paye minime, ces bûcherons perçoivent les deux tiers des peaux de bœufs et de moutons abattus, et une certaine quantité de viande. Celui d'entre eux qui a porté la table perçoit, de plus, un pain à chaque fois qu'on fait un repas. L'écuyer tranchant perçoit pour son compte, par chaque animal abattu, un morceau de viande, ainsi qu'un tiers des peaux. À chaque repas, il doit présenter au Dedjazmatch le morceau choisi de viande crue ou de carbonade; ses subordonnés remplissent le même office auprès des convives. Pendant les grands festins, il préside aux distributions de viande et il doit rester debout jusqu'à la fin du repas; le boutillier doit alors lui présenter à boire. Comme les bœufs sont abattus sur la place, devant la demeure du Dedjazmatch, cet officier de bouche est responsable des dégâts ou des blessures occasionnés par les animaux qu'il manque à maîtriser. Il ne jouit que des petites entrées; il est investi d'un petit fief et profite de maints bénéfices non avoués. Il enrôle pour son compte de quarante à soixante soldats, et campe sous une tente noire auprès du Biarque. Le Dedjazmatch nomme un comptable pour contrôler son service.

Le Tedj-Assallafi (qui passe l'hydromel), ou échanson. On choisit, généralement pour cet office un cavalier brave et avenant. Comme l'entrain et la physionomie des repas et des festins dépendent surtout de l'hydromel, objet des convoitises de tous, les fonctions de l'échanson y sont très-importantes. Il doit être doué de tact et de mémoire, apprécier le cas à faire de chacun, afin de diriger le boire sans l'intervention apparente du maître et d'après ses intentions secrètes. À chaque fois qu'il présente un burilé (carafon en verre) d'hydromel au Dedjazmatch, ce dernier lui en verse un peu dans le creux de la main, et il doit le boire en présence de tous; il est de service à tous les repas. Sur chaque bête abattue, il prélève un morceau spécial de viande; il a aussi une dîme sur les peaux, et il use librement de l'hydromel pour sa consommation personnelle; mais, en présence de son maître, il n'a droit de boire qu'un seul burilé, qu'il consomme sur place, afin d'exclure toute idée de convoitise de sa part. Il prélève une dîme sur le miel. Il a une tente blanche et un petit fief qui lui permet d'enrôler de quatre-vingts à cent vingt hommes. Il fait partie du campement du Biarque, son supérieur direct.

En marche, les hanaps en corne et les burilés sont portés par les gardes du trésor; quand on verse une amphore, un de ces derniers nommé à la fonction de Gueuddavi, tient une écuelle au-dessous du hanap ou du burilé pour y recevoir le surplus de liqueur qui se répand, car chaque coupe doit être emplie jusqu'aux bords; ces égoutilles forment ses profits. Il y a plusieurs Gueuddavis; souvent cette fonction très-recherchée est confiée à un fusilier qui s'est distingué par une action d'éclat.

C'est en présence du maître et des convives que l'échanson fait enlever avec précaution la tape soigneusement lutée qui bouche l'amphore d'hydromel. Il fait ensuite coiffer l'amphore d'un blanchet, et dans quelques maisons, lorsqu'on l'incline pour verser la liqueur, un fonctionnaire qu'on appelle Tedj-Tchari (griffeur de l'hydromel) a le privilége de frapper ou de gratter le blanchet, avec le bord d'un hanap, afin d'activer la filtration de l'hydromel. L'hydromel qui tombe dans son hanap constitue son bénéfice. Si l'échanson trouve qu'il prélève trop sur la liqueur, au lieu d'un hanap, il a le droit de lui faire prendre, pour gratter le blanchet, une serre desséchée d'oiseau de proie. Cette fonction bachique est fort enviée, et on la donne ordinairement à un fusilier d'élite.

Les Fellakis (retrancheurs) tiennent la coupe sous l'orifice de l'amphore, et, avant de la remettre à l'échanson, ils en retranchent à leur profit un doigt de la liqueur, qu'ils ramassent dans une écuelle. Cette fonction, également fort recherchée, est souvent enlevée aux gardes du trésor pour être conférée à un fusilier d'élite. Sur la présentation des chefs de corps, le Dedjazmatch nomme à ces trois offices. Les effondrilles du vase d'hydromel en vidange sont réclamées par les fusiliers présents. L'échanson a la charge difficile de veiller à ce que ces perceptions diverses ne donnent pas lieu à des abus.

Le Tedj-Melkégna (maître de l'hydromel), ou boutillier, ordonnateur de l'hydromel. Il s'entend avec les sénéchaux pour la fixation, la recette et la répartition des impôts en miel, et il jouit d'une perception sur les terres qui le fournissent. Un morceau de viande lui est désigné sur chaque bête abattue. Il préside aux différentes opérations de la fabrication de l'hydromel, il est responsable de la qualité de la liqueur, et il en use à discrétion pour sa propre consommation. Aux jours de festin, il doit être debout à côté de la jarre en vidange. Il a la surveillance des outres de miel confiées aux sommiers, ainsi que celle des porteuses d'hydromel et des femmes qui le fabriquent. Cette charge est souvent cumulée par l'échanson en chef. Il lui est alloué un certain nombre de rations pour son entretien et celui de ses hommes. Il campe sous une petite tente noire auprès du Biarque. Le Dedjazmatch nomme ainsi un contrôleur pour surveiller sa gestion.