Chacune de ces maîtresses nomme parmi ses subordonnées un lieutenant et d'autres fonctionnaires telles que gardienne, contrôleuse, directrice, assaisonneuse (etc.). Le Dedjazmatch désigne parmi les cuisinières une femme qui a la fonction de lui laver les pieds lorsqu'il descend de cheval ou lorsqu'il remonte sur son alga après une sortie à pied. Il choisit aussi une femme chargée du soin de tresser sa coiffure. Les femmes qui composent ces différents services suivent l'armée à pied et portent elles-mêmes leurs ustensiles ou les font porter par des apprenties qu'elles engagent pour leur compte. On donne ordinairement une mule de selle à la maîtresse des cuisinières et à celle des fabriquantes d'hydromel. Toutes ces femmes reçoivent des rations par les soins du Biarque, auprès duquel elles campent. Selon leurs attributions, elles ont droit à certains morceaux de viande par chaque bête abattue; les porteuses d'hydromel entre autres ont droit à l'épaule. Celles-ci doivent apporter l'eau pour la boisson des chevaux et enlever le fumier de leurs loges; en campagne, elles sont chargées de la mouture des grains et elles prélèvent un droit sur la farine; elles ont droit aussi à la cire qu'on retire de la fabrication de l'hydromel. Quand l'armée n'est pas en campagne, elles sont chargées de la filature du coton qui sert à la confection des toges. Les cuisinières fournissent l'eau pour la boisson des mules de selle et enlèvent le fumier de leurs loges. Les boulangères concourent à la mouture, doivent porter leur levain, leur pâte et leurs fours, mais reçoivent la farine de la main des sommiers; de même que les cuisinières et les brasseuses, elles ont parmi elles une section de femmes chargées de ramasser les broutilles et de faire les fagots.

En temps prospère, ces femmes réunies peuvent être au nombre de deux à trois cents; une campagne laborieuse ou des marches longues et rapides les réduisent souvent de plus de moitié. Si la campagne a lieu en pays chrétien, la fatigue les pousse souvent à la désertion; mais en contrée musulmane ou païenne, stimulées par la crainte d'être vendues comme esclaves ou d'être retenues prisonnières, elles font preuve de beaucoup d'énergie. Ces femmes reçoivent de quoi acheter leur habillement, des rations, et certains morceaux sur chaque bête abattue.

Le Dawoulla-Bet Tabbaki Alaka, ou chef des gardiens de la pourvoirie. Ces gardiens sont des hommes de confiance; ils reçoivent les provisions des mains des sommiers, auprès desquels ils campent entre les timbaliers et le campement du Biarque; ils sont tenus aussi de construire de bonnes huttes imperméables pour y loger les provisions; ils reçoivent leur soutenance, une solde très-modique, et ils prélèvent des bas morceaux de viande sur chaque bœuf de boucherie.

Le Tchagne Alaka ou chef des sommiers. Ces serviteurs chargent, conduisent, paissent les chevaux, mules ou ânes de somme dont ils ont la responsabilité. À l'arrivée au campement, ils remettent leurs charges aux gardiens de la pourvoirie, dressent les tentes du Dedjazmatch, les abattent, et veillent à leur transport ainsi qu'à celui de toutes les provisions de bouche. De jour, ce sont les pages qui doivent redresser et tendre les tentes infléchies, mais durant la nuit, les sommiers sont chargés de ce soin, comme aussi de celui de transporter et de verser les grandes jarres de vin, d'hydromel ou de bière, dont on se sert les jours de festin; ils en perçoivent alors l'écume, un peu de la liqueur de dessus, ainsi que les effondrilles. Ils ont droit aussi aux curures des outres à miel, et, à chaque bête abattue, il leur est attribué un morceau spécial de viande. Ils sont chargés en temps ordinaire d'aller chercher et de transporter les impôts en grains, en miel, en beurre et autres que fournissent les terres domaniales ou des alleux imposés au profit du Dedjazmatch. Ils jouissent d'une paye relativement élevée et reçoivent des rations. Ils sont au dernier rang dans la considération de l'armée, sont très-nombreux, bien nourris, insolents, brutaux et querelleurs, et n'ont pour armes que des bâtons. Ils campent auprès des gardiens de la pourvoirie.

Les chanteuses et improvisatrices sont appointées pour l'année, ainsi que les poëtes et les improvisateurs qui chantent en s'accompagnant de la guzla ou de la lyre à cinq cordes. Les uns ont leurs entrées aux jours ordinaires, et d'autres ne sont admis qu'aux jours de festin. Enfin, on règle la soutenance des bouffons. Les poëtes reçoivent une paye, des rations, et prélèvent un droit sur chaque bête de boucherie.

On nomme et on appointe, pour l'année courante, quatre ou cinq clercs, qui servent au Dedjazmatch de secrétaires, de copistes ou de lecteurs.

On désigne aussi, parmi les soldats de la bande des gardes du Trésor, des Gueuddaffis (supporteurs), qui, les jours de grande parade, marchent en tenant, l'un la bride de la mule du Dedjazmatch, l'autre le parasol au-dessus de sa tête.

Ce poste est fort recherché, parce qu'il procure aux titulaires leurs entrées à l'heure des repas, et leur permet dans les moments de danger de se tenir auprès de leur maître.

Après avoir nommé les Sénéchaux et quelques autres dignitaires, le Dedjazmatch fait la distribution des fiefs importants, espèce de fiefs à bannières, qui confèrent aux titulaires le droit de se faire précéder par des joueurs de flûte, ou de trompettes et tambourin, et qui selon leur étendue permettent l'enrôlement de deux cents à quinze cents combattants. Parmi les fiefs de cette nature en Damote, aucun ne comportait ni titre, ni la cotte d'armes en soie, à l'exception de celui du chef de l'avant-garde et d'un autre fief qui conférait le titre de Sénéchal. La dignité attachée à ce dernier fief provient de ce que du temps des Empereurs il était attribué au grand Sénéchal de l'Empire. Ces grands fivatiers, qui peuvent être renouvelés d'année en année, constituent, sans toutefois les former explicitement, le corps dirigeant de la maison d'un Dedjazmatch. C'est parmi eux souvent que la fortune prendra son successeur ou son rival. Ils composent son conseil, et malgré le pouvoir personnel en apparence du Dedjazmatch, on peut dire que pour tout ce qui est important, il n'agit que d'après l'avis de ces possesseurs de grands fiefs. Ils campent sous des tentes blanches au milieu de cercles formés par les huttes de leurs soldats, et chacun occupe dans le campement une place déterminée en raison du fief dont il a la tenure.

Les titulaires de fiefs moins importants, dits fiefs à hydromel, parce que les revenus de ces fiefs leur permettent l'usage journalier de cette liqueur, sont reçus à dresser au camp une ou plusieurs tentes en toile blanche; les tenanciers de fiefs moindres n'ont que des tentes noires faites en laine beige grossièrement tissée, ou bien à chaque nouveau campement, ils se font construire par leurs soldats une hutte recouverte de chaume, d'herbes vertes, ou même de feuilles.