Soudain je haussai les épaules.

La montre !… c’était de la montre du mort que provenait ce bruit… d’une grosse montre de chasse semblable à celles qui se fabriquent depuis quelques années à Manchester et dont l’échappement, au lieu d’être sec et bruyant, rend, au contraire, un son mat, à cause de deux garnitures de cuir très épaisses interposées entre le boîtier et le mouvement, dans le but d’empêcher l’humidité.

Il n’y avait plus à en douter, M. Ugo Chancer était bien mort et si — chose singulière — ses yeux étaient demeurés brillants, cela tenait à la grande quantité de sang localisée dans le cerveau.

Posant alors ma bougie sur un meuble, je me mis à arpenter la pièce, m’arrêtant longuement devant chaque objet.

Tout était en ordre ! seule une chaise avait été renversée, mais il n’était pas possible d’admettre qu’elle fût tombée en même temps que M. Chancer. Elle se trouvait d’ailleurs trop loin du cadavre et il aurait fallu supposer — ce qui eût été invraisemblable — que le vieillard l’avait repoussée en s’abattant sur le parquet.

Tout cela était bien étrange et j’en pris mon compagnon à témoin.

— J’admire, me répondit M. Crawford, la peine que vous vous donnez pour reconstituer un crime que rien ne fait présumer… Vous tenez donc bien, monsieur Dickson, à ce que ce vieillard ait été assassiné ?… Inclination professionnelle, me direz-vous… Quant à moi, je me range à l’opinion des bonnes gens…

— La congestion ?

— Oui… La congestion. Regardez cette face, la coloration insolite de ce front, l’œdème des paupières et jusqu’à la position repliée, recroquevillée, pour mieux dire, des membres inférieurs ; tout semble, n’est-il pas vrai, corroborer ce diagnostic ?

J’étais ébranlé.