Un quart d’heure après, j’étais jeté dans une cellule de la prison de Wellington-Gaol, comme le dernier des vagabonds ramassé sur le port de Melbourne ou dans quelque boarding interlope de Footscray street.

XII
UN COUP D’AUDACE

Je comprends l’infortuné Pellisson élevant une araignée dans son cachot de la Bastille pour charmer les loisirs d’une horrible captivité.

Je n’étais pas depuis une demi-heure en prison que je m’étais moi-même découvert une araignée à apprivoiser.

Cette bestiole rétive d’abord, et absolument inaccessible, parut peu à peu vouloir s’apprivoiser. Elle souffrit ensuite que je la regardasse sous toutes ses faces, se prêta à ce que je demandai d’elle pour que je visse bien sans doute à quel genre d’araignée j’avais affaire, puis se laissa prendre enfin et si bien que je ne la lâchai plus.

Cette araignée, c’est dans un coin de mon cerveau que je l’avais découverte.

Je la sentis quelque temps confusément me trotter par la tête et je n’y prêtai pas plus d’attention qu’il convenait.

Cependant, comme elle devenait obsédante, force me fut bien d’en faire cas.

Je me livrai alors au jeu de la manipuler avec une curiosité d’instant en instant grandissante.

« Voyons, me disais-je, que signifie tout cela ? Je suis trouvé dans l’espace de deux minutes en possession de l’argent dérobé à M. Ugo Chancer… cet argent est de l’argent criminel et le policier du Pacific Club a bien fait de me mettre en état d’arrestation… Il a obéi à la consigne que j’avais donnée moi-même… Cependant, comment me suis-je trouvé avoir en main cet or coupable ? Je n’avais plus un penny vaillant et je venais d’emprunter cinq livres à M. Crawford… c’est donc de M. Crawford que je tenais les souverains marqués du signe de Hugo Chancer… Comment se faisait-il qu’il eût lui-même ces souverains ? Les avait-il gagnés au jeu ? c’était plus que certain… Donc, un des assassins de Green-Park se trouvait dans la salle et écoulait, sans se douter qu’elles fussent marquées, les pièces de M. Chancer… »