Ils étaient quatre, outre la maid : un jardinier, une cuisinière, une vieille gouvernante et le valet de chambre qui se parfumait outrageusement.

Quand ils furent réunis :

— Votre maître, leur dis-je, avait-il l’habitude de se verrouiller chez lui ?

Le jardinier se récusa ; il ne montait jamais à l’appartement de M. Chancer.

Chez les autres les réponses furent contradictoires.

Ketty qui tenait à sa version prétendit que l’on entrait librement chez le vieillard à toute heure, où qu’il se trouvât. La cuisinière faisait des réserves : il était arrivé que M. Chancer la laissât frapper vainement à la porte alors qu’elle venait prendre ses ordres pour le dîner.

Le suave valet de chambre fut plus explicite.

— J’ai été fort surpris, dit-il, de constater que Monsieur s’était enfermé chez lui… Une chose m’a surtout étonné : en cette saison Monsieur dormait ou veillait toujours les fenêtres ouvertes… J’avais bien soin, tous les soirs, après avoir fermé les volets, de laisser les vantaux des croisées entrebâillés derrière les rideaux… Eh bien ! ce matin, nous avons trouvé toutes les fenêtres hermétiquement closes… Il faut que Monsieur les ait refermées après mon départ et s’il est mort d’un coup de sang, comme on le dit, c’est probablement à cause de l’excessive chaleur à laquelle il s’était condamné.

— Voyez-vous, dis-je à M. Crawford, un excès de précaution peut être quelquefois pire qu’une imprudence ? Notre assassin a pensé à tout… Il a même dépassé la mesure, car le soin qu’on a mis à démontrer qu’il était impossible de pénétrer chez M. Chancer prouve au contraire qu’on y est entré.

M. Crawford parut contrarié.