— Ce sont les économies du bonhomme, me dit le chief-inspector. Je ne pense pas que l’on puisse parler de vol dès lors qu’on se trouve en présence d’un malfaiteur assez novice pour ne pas faire main basse sur un trésor aussi peu caché.

Je considérai cet or qui scintillait au fond du tiroir et semblait me narguer.

La somme paraissait assez considérable, mais en cela seul ne pouvait consister toute la fortune du mort.

J’en fis l’observation à Bailey.

— Sait-on d’où M. Chancer tirait ses ressources ? me répondit le chief-inspector. Il devait avoir un ou plusieurs hommes d’affaires à Melbourne… Ceux-ci administraient son bien et lui en servaient le revenu… Cet argent doit représenter le dernier versement ; tel est du moins mon humble avis, monsieur Dickson.

L’explication était, en effet, assez vraisemblable.

En présence des policiers, je vidai le contenu du tiroir et une à une les pièces d’or me passèrent entre les doigts.

C’étaient des souverains à l’effigie de la reine Victoria et — détail qui me surprit — ayant tous un aspect neuf et brillant bien que la plupart portassent des millésimes déjà anciens.

J’en vins à supposer que M. Chancer, qui se complaisait sans doute dans la contemplation de ses richesses, se faisait spécialement réserver les pièces qui, ayant longtemps séjourné dans les caisses publiques, gardent cet éclat de métal vierge que perdent rapidement leurs contemporaines lancées dans la circulation. Il y avait en or exactement cent quatre-vingt-trois livres, plus quelque monnaie en argent, couronnes et shillings auxquels je ne prêtai pas attention. Toutefois, mettant à profit la demi-obscurité dans laquelle nous opérions, je glissai subrepticement dans ma poche quatre souverains empruntés au magot et que je remplaçai, séance tenante, par quatre pièces à moi, de même valeur.

— C’est bien, dis-je d’un ton sec… il n’y a eu ni effraction, ni vol… Je vous remercie, messieurs… vous êtes témoins que j’ai remis la somme en place dans son intégrité.