— C’est même enfantin d’évidence, poursuivit-il… Je considère mon cuisinier comme un garçon incapable d’une mauvaise pensée, sans quoi je ne lui mettrais pas en main des armes pour m’empoisonner.
J’eus un sourire d’acquiescement.
— Il en est de même de mon chauffeur qui me sert aussi de valet de chambre, car je vis simplement. Je l’estime un brave garçon, et je le crois très dévoué.
Je n’insistai plus et me pris à réfléchir.
Il y avait dans l’entourage de M. Crawford un homme tout particulièrement désigné pour conduire une automobile… Cet homme était mécanicien de son état et ses fonctions de valet de chambre le mettaient, plus que tout autre, à même de connaître les moments de liberté que l’absence ou l’inattention de son maître lui permettaient d’utiliser.
Or, j’avais en main, ou presque, une arme terrible. Je pouvais identifier cet homme avec l’assassin de M. Chancer.
Cette arme, si je puis m’exprimer ainsi, c’était l’empreinte laissée par la bottine du scélérat, le long du mur du cottage.
Ce qu’il me restait à faire maintenant, c’était de comparer avec cette empreinte la bottine elle-même de l’assassin présumé. Si l’une s’appliquait exactement sur l’autre, mon rôle était terminé : je n’avais plus qu’à faire prendre au collet le possesseur de la chaussure.
La difficulté était seulement de se procurer cette pièce essentielle.
Et d’abord, il me fallait approcher ce chauffeur Maître-Jacques et entrer assez avant dans son intimité.