Et Slang, après m’avoir donné une vigoureuse poignée de main, partit d’un pas rapide.
Du seuil de la grille, je le vis s’éloigner, s’engager dans l’avenue qui conduit à la gare, puis disparaître entre les arbres.
Mes yeux n’avaient pas quitté ses semelles. Il me semblait qu’avec elles cet homme emportait tout mon bien !
Ce que l’on va lire maintenant paraîtra peut-être invraisemblable à certains lecteurs. Je les supplie, ceux-là, de me faire crédit de quelque confiance ; ils verront par la suite si j’ai dénaturé ou surfait quoi que ce soit dans une affaire qui fut certainement la plus compliquée de toutes celles que j’eus à instruire, durant ma carrière déjà longue de détective amateur.
V
MAUVAIS DÉPART
Sans perdre une minute, je pris, comme on dit, mes jambes à mon cou dans la direction du petit bois qui m’avait déjà servi d’asile et j’en sortis presque aussitôt transformé en parfait gentleman.
J’avais même eu la chance de retrouver mon chapeau.
Au lieu de rentrer chez moi, je me dirigeai précipitamment chez un marchand d’automobiles nommé Bloxham qui demeurait à l’entrée de la ville et je pénétrai dans son garage en hurlant :
— Bloxham !… Bloxham !…
Un petit homme aux yeux bigles sortit de derrière une auto dont il était en train de regonfler les pneus et me regarda d’un air ahuri :